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Alain Decaux présente ...
Publié le 22/05/2007 par Patrice Curt
Concours de nouvelle du CROUS 2004 sur le thème du 'Ridicule'

... Texte méchamment refoulé au premier tour...







Alain Decaux présente :



...
« Les Grandes injustices
........................................................................................................................................de l’Histoire »




Ici donc Je dis que la vérité doit éclater !!!
Les mensonges affirment lourdement
des choses qui ne sont pas vraies !!!
On ne nous dit pas tout !!!
Cela n’a que trop cessé !!



Les livres d’histoire racontent les grandes guerres, les conquêtes sanglantes, et les révolutions culturelles, mais ils nient honteusement l’évidence. La postérité s’engraissera de quelques fumeux barbares, ou même d’esprits soit disant « éclairés » (tout au plus « illuminés » et dégoulinant de fatuité putride), mais elle se désintéressera des vrais grandes figures mythiques, ces seconds rôles du quotidien.

Ces Messies, qui furent les phares salvateurs, qui guidèrent nos barques existentielles, noyées dans les brumes atrophiantes des lendemains obscurs, tels des compagnons canins, dirigeant la canne de nos espoirs vers l’arrêt de bus du destin, que nos yeux aveuglés, derrière les lunettes noires de la cupidité, ne verront jamais.

Ces héros oubliés qui ont changé le visage du monde, alors que le leur restera à jamais méconnu.

Et bien moi, biographe, grand spécialiste de ces injustices et des chihuahua à poils durs, j’exhume leur mémoire , je leur offre la reconnaissance que la postérité leur a refusée ! Et c’est même pas la peine de dire merci.

Un des plus grands génies de la création, et par la même créateur de génie, vécut à cheval sur le 17eme et le début du siècle précédent. Profondément novatrice dans sa modernité, son invention bouleversa la société de l’époque. Encore aujourd’hui son œuvre s’inscrit en milligramme dans la nécessité de nos quotidiens




..............................................................................................................................................*1




Alors que l’Angleterre se relevait tout juste de la chute de l’empire Jules-Max-gallo-romain, encore chancelante et poussiéreuse, celle-ci (l’Angleterre de l’empire Jules-Max-gallo-romain) eut la lourde tâche de réorganiser son régime monarchique afin de faire face au décès à perpétuité de son souverain (de L’Angleterre de l’empire Jules-Max-gallo-romain).

Ainsi Richard Cœur-de-Lion fut alors choisi pour succéder à, feu son père, Henry bec-de-lièvre, qui - anecdote historique de type Hollywoodien - voulant lire sous ses couvertures (bravant ainsi le couvre-feu qui lui était imposé par son régent, le cardinal Mazarin Pingeot) choisit un chandelier avoisinant pour s’éclairer. Le lendemain au petit matin on le retrouva mort, brûlé vif, in-car-cinéré dans le métal de son lit. Son sculpteur-fraiseur officiel, Remiz de César, cria au génie …

Richard, ainsi devenu roi, pouvait légitimement prendre les rennes, et épaulé par son compagnon de toujours, Robin des bois de Santal, par la même occasion, en profiter pour arc-bouter les Wisigoths, et Ostrogoths et les golgoths, des terres de sa perfide Albion

A cette époque Charles Martel arrêtait des arabes à Poitiers, pendant que Clovis arrêtait tous les potiers sous des arbres. Partout on entendait les aventures du cheval de Troie de Magella, des quatre mousquetaires affrontant les sept mercenaires appuyé par les douze salopards et les chevaliers de la table de 6 (tout cela dans le but de récupérer le Solitaire de reine). Et pléthore de récits extrêmement captivants, mais sans rapports aucun avec le sujet qui nous préoccupe aujourd’hui.

Le monde était empourpré par les rudoiements guerriers, mais un petit pays résistait aux hostilités périphériques : Le royaume francilien … et sa province boueuse et périphérique.
A sa tête, le bon roi Dagobert, fervent catholique (on lui remit sa calotte à Anvers), gouvernait sa cour d’une main de fer dans des moufles molletonnées, il se vautrait dans l’opulence et les rillettes en cornet, pendant que le bas peuple se chauffait à la fange et se nourrissait de ses cadavres les moins rongés par la lèpre.

Parmi les courtisans les plus caressants, se trouvait le Comte Pierre-Henri Quitche, de la dynastie des Harbourgs, « philosophe de droit divin », comme il s’était proclamé. Génialement éclectique, il se targuait de ses multiples talents : équarrisseur, historien-rectificateur, madrigal, couturier, coiffeur-paysagiste, etc.

Mais sa découverte la plus importante, il la fit lors d’une doucereuse journée du mois de brumaire ?







Quitche se languissait de revoir son bon roi, guettant avec impatience l’heure du souper. Là, il pourrait régaler sa majesté de son érudition, de sa grandeur d’esprit. La perspective d’entendre son doux sire glousser lui tournait la tête. Pour tuer le temps, il décida de parcourir les allées fleuries du château, pour méditer sur le monothéisme comme et sur la verticale A4 en 6 lettres, puis perdu dans ses chimères, Quitche s’engouffra dans les bois, toujours plus profondément.

Il ne recouvra ses esprits qu’une vingtaine de minutes plus tard, extirpé de sa réflexion par les gouttes de pluies qui s’étaient amoncelées dans sa collerette et noyaient ses narines
Où était il? Depuis combien de temps était il plongé dans ses pensées (il écoutait pas je viens juste de le dire)? Empressé par les récentes précipitations, la Comte se rua sous l’arbre le plus proche, et de surcroît le plus gros. Il haïssait la pluie plus que tout. Son beau velours de Damas absorbait l’eau à grande vitesse, cela le réconfortait, on ne l’avait pas trompé sur la qualité.

Quitche, quelque peu essoré, recentra ses aptitudes d’orientation les plus pointues afin de localiser son point de perdition. Repérage visuel. Appel à la mémoire. Dépeçage drastique de milliards d’informations. Aucun résultat. Libération d’adrénaline. Prélude à la panique. Spasmes légers mais de qualité.

Quelques sanglots plus tard, l’orage finit par se calmer. Le temps moins vaporeux, devenu plus propice à sa vision chirurgicale, Quitche commençait à trouver le cadre de plus en plus familier. L’arbre sous lequel il avait trouvé refuge était un majestueux chêne pédonculé, très proche voisin du chêne sessile. On peut les distinguer grâce à leurs glands, attachés par une longue queue à l’arbre, pour le premier, et directement fixés sur les rameaux pour le second.

Cela ne l’avançait pas tellement dans son souci d’orientation, mais il aimait tant s’entendre savoir les choses. Il ne se lassait pas de s’écouter penser aussi brillamment … Et bruyamment, puisque abasourdi de satisfaction, il n’avait accordé aucune attention à la petite voix qui l’apostrophait :

« Excusez-moi, je m’appelle Rosette Ménardier, j’ai froid ! ».

Aucune réponse.

La jouvencelle, minuscule et fragile, martelait un peu plus ses intonations, mais Quitche restait d’un beau marbre de Toscane. Quelque peu courroucée, l’invective prit du poids, comme une fronde à boulette, elle lança un

« Eh Oh ! Môssieu ! » sonore et chargé d’assurance.

Mais sans plus de réussite.

Irritée, dégondée, elle éclata dans un coup de canon :

« Oh ! La bourgasse à fanfreluches, t’as du miel dans les esgourdes ?! ».

Cette divine mélopée explosa dans le cortex assoupi de Quitche comme une corolle en pleine fête du muguet. Rosette continuait à aboyer des noms d’oiseaux exotiques inédits. Lentement mais sûrement Quitche émergea de sa catatonie, pour s’ouvrir à ces sucreries verbales, ces exquises cantilènes en gelée royale.








Son regard se posa sur le corps de la jeune fille en fleur, comme un papillon qui s’amarre sur un pétale. Il la parcourût de ses pupilles frétillantes. Elle dégoulinait de toute part. Grelottantes, ses frêles épaules, encore emmitouflées dans son cou de porcelaine de Chine, vibraient comme des clochettes normandes.

Se yeux de jade tremblotants semblaient supplier le jeune comte qui lui, restait là, la bouche en cœur, planté comme un menhir, devant une telle splendeur. Ses narines encore humides fouettaient la chamade.

Comme si le vent l’avait transporté, il cavala vers son phantasme, dans un élan de désire effréné. Il se jeta à ses pieds, pieds qui flirtaient gracieusement avec le sol, tel un rayon solaire caressant le pistil d’une violette.

Puis il posa un genou à terre, terre plus proche d’un amas de limon, que de celle des jardins du roi. Mais cela ne lui importait guère, il n’avait qu’une ambition, déclarer sa flamme, dévoiler toute la force de son amour :

« Je suis cultivé, réputé, admiré et héritier! Epouse moi! » .

La candide enfant resta pantoise devant une déclaration aussi amène, ne sachant quoi répondre à de si romantiques intentions :

« Ché pô …».

- Nos deux familles se coupleront à merveille, laisse moi régler les conditions de la fusion. Tu n’auras qu’à rester belle, et sourire devant le curé.

- Mais …

- De quoi as-tu peur? Peut être es-tu déjà promise? Certainement au grand prince d’une contrée minuscule ! Seigneur Jésus ! L’éclat de l’or aura donc toujours plus de valeur aux yeux de l’homme que la fulminance de l’intellect. Pourquoi suis né brillant et non argenté ? Seulement riche de ma monolithique érudition et d’une trentaine d’hectares de terrain exploitable. Naquis-je pour devenir le messie écarlate, offert en sacrifice au saint suaire de la décadence ? Et toi, reine de mes songes, tu es prisonnière d’un vil mariage princier alors que tes pensées ne sont que pour ce superbe gentilhomme, ton beau rupin, roi des forets, Moi !

- Hein ?! Koua ?!

- Le bonheur t’étreint à grande vitesse ! Mes genoux sont à terre, et je baise tes pieds, je t’en supplie, deviens ma mie, ma princesse.


Soudain un éclat de rire massif vint heurter le courtisan en pleine nuque. Lorsqu’il se retourna, il se trouva face à un mastodonte, un paysan accompagné de deux de ses rugueux congénères.

« Elle ! Une princesse ! Et moi, je suis sa majesté de la jaquette tant qu’on y est . Regardez moi mes fils, je vais me poudrer le nez, et après j’irai me faire torcher par ma cour.
Tiens regarde moi le celui-là qui baigne dans son purin, il doit avoir un sacré coup de langue ! »


La foret résonna du ricanement bouffi du père et de ses fils. Quitche n’avait jamais été aussi près de l’écoeurement. Ces culs-terreux doivent se goinfrer de saindoux pour vomir un rire aussi gras, pensa t’il.

- Qu’allez vous faire de moi, gents damoiseaux ? Allez vous me rosser ? Je suis confit d’écu, je peux vous amadouer si vous voulez ? Enfin je veux dire vous dédommager de la gêne que j’ai pu vous occasionner.*

- Te dépouiller ?! Non ! Te rosser ?! Non plus ! Nous te réservons une bien plus terrible punition, nous allons rire de toi de longues minutes, tout en te pointant du doigt. Tu auras largement le temps d’apprécier l’humiliation …

- Ma fille, une princesse !!!! Tu côtoies beaucoup des bourgeoises en guenilles toi ? Les galetteux d’aujourd’hui, y ne respectent plus rien. Tiens amuse-nous, fais le cochon !!


Lorsque le père Ménardier fut lassé de contempler le sieur Quitche dans ses imitations porcines, il prit sa fille à parti, et lui interdit de sortir de la demeure familiale jusqu’à ce qu’elle soit relativement enceinte et mariée. « Il y a bien trop de racaille à l’extérieur ! », lança t’il à sa fille avec une ironie bourrine, le tout illustré par une magistrale paire de baffe. Il ordonna ensuite à ses fils de relever Quitche, puis lui indiqua, de son index persifleur, le chemin pour retourner au château.





..........................................................................................................................*2



Le comte défait, couvert de honte et de boue, jura, mais un peu tard, que l’on ne l’y reprendrait plus … Bordel !

Arrivé au château, Quitche prit soin de ne pas attirer l’attention. Etre vu dans une situation et un accoutrement aussi incommodant risquerait de nuire à sa réputation. Une fois dans ses appartements, il enfila ses gants de chirurgie (une autre de ses compétences) pour s’extirper avec précaution de ses frusques, avant de les déposer dans la cheminée, de style Louis Philippe, et d’y allumer un feu. Précurseur d’une thérapie psychanalytique encore balbutiante (même carrément utérine), Quitche trouvait que montrer du doigt son linge qui se consumait tout en l’arrosant d’insulte en latin, lui apportait un certain réconfort.

Dés qu’il eut, de nippes changées, et fut de dignité rasséréné, le comte, renfloué, décida avec halent, d’aller frapper à la porte de son voisin de chambrée, et accessoirement meilleur ami, Ignace Guillotin, inventeur émérite, poète, et charcutier du roi (comme nous l’avons déjà vu, à l’époque, la pluralité de statuts professionnels, ne nuisait en rien à la qualité du travail fourni). Douze coups brefs et trois coups longs, leur servaient de code de reconnaissance. Les penseurs n’aiment pas la compagnie, excepté celle d’autres penseurs (comme disait Socrate D’Enée : « Penser le bonheur, penser à plusieurs »).

Aussitôt la porte ouverte, Quitche se glissa à pas feutrés dans la chambre de son hôte, il n’eut pas le temps de le saluer, (car les penseurs n’ont pas le temps de saluer) que son congénère Guillotin l’interpella :

« Mon ami, mon frère, quel plaisir de te voir ! Tu fais bien de venir me visiter, tu vas être le premier à pouvoir admirer ma nouvelle invention, celle qui va changer la face du monde. Je te présente la Louisette. Ce magnifique objet tout de fer blanc vêtu, permet de trancher net les saucissons les plus gros, sans difficulté aucune. Je l’ai baptisé ainsi en hommage à ma mère, Louisette / une vrai femme de cœur/ mais surtout une vraie femme de tête … mais là je m’enflamme, pourquoi es-tu là mon ami ?

- Il m’est arrivé aujourd’hui, une mésaventure des plus désagréables. Alors que je pensais/ musardant à travers la forêt/ je fus soudain surpris/ par un maelstrom de pluie/ Tel un guépard / je bondis sous un arbre/ hurlant : « Gare St Lazare ! »/ si tu ne peux mourir, moi je reste de marbre ! ». Aussitôt la tempête apaisée/ mon oeil averti, qui en valait deux/ repéra un animal de toute beauté/ une muse accouchée par les dieux/ Elle valait bien plus qu’une centaine de dîmes/ tant et si bien que j’en perdis la rime …Dés que je la vis, l’amour naquit dans mon âme comme la rose dans on pourpoint doré lorsque le soleil l’abreuve délicieusement de son raffinement mélancolique, mon cœur s’était étiré jusqu’à toucher mes yeux et les couvrir de son voile lumineux. Il battait si fort, si fort, si fort, comme un tambour à la fête du cochon … Ce que je dis est magnifique, je le confesse, mais crois-en ma parole, elle était plus belle encore.

- Et alors ? Et alors ?

- Et alors ! son père est arrivé, sans se presser. Perfidement, il se glissa dans mon dos, alors que j’éblouissais mon amoureuse, lui exhibant ma plus belle verve. Puis profitant lâchement d’un verbial arrêt m’asséna un violent coup de masse. Je pus rester debout, sur mes genoux, et au moment précis où j’allais lui décocher une cinglante réplique, ses fils, huit au total, -sans compter le «chargé au musc» cadet et le plus jeune, massivement sumotori dans l’âme et dans le coup de tête - me matraquèrent sans relâche avec de monstrueuses enclumes à la contondance largement associable.
Ah ! Si seulement je n’avais pas eu ce porte drapeau planté dans l’omoplate …
Le pire dans tout ça ne fut pas la douleur physique, mais la souffrance symbolique qui m’assiégea. Je représentais la lumière, la flamme de la bravoure et de la noblesse, et le Notre! Mon cœur est souillé, il me faut lever le front et au passage laver l’affront.

- Que tu es admirable mon ami !

- Je sais ! Je m’en vais regrouper une armée et pulvériser cette vermine à coup … Comment déjà le truc machin qui brûle qu’il a inventé l’aut'là ?

- Le chambellan Hans Flâm et son déjà fameux Napalm Nitüba

- Oui … bon sang ! J’ai été outrecuit ! Il le seront occis !

- Ami, là tu es carrément à l’ouest ! La folie t’égare de l’est (j’oubliais de signaler que Guillotin excellait dans la citation géographique)!... Que tu aies perdu la face ne mérite pas que tu perdes la tête. La violence ne résout rien, on ne peut raisonnablement exécuter les gens quand le cœur nous en dit.

- Tu as raison, ton âme est tellement pacifiante, et je ne peux que rompre le cou devant tes arguments.

- Alors ça y est, nous avons tranché dans le vif ?!!

- Oui, je t’ai entendu, je ne peux tuer sans raison. De plus un problème majeur se pose à moi, comment différencier le miséreux du notable ? La plupart son nippés comme des bourgeois. C’est un défi lancé à mon suprême intellect ! Préviens le roi, annonce à la cour que ce soir, il y aura une démonstration exceptionnelle.


Quitche resta de longues heures enfermées dans on laboratoire, une alcôve parsemée de fioles, de pipettes et d’affiches de Lisa Minnelli. La chimie n’avait depuis fort longtemps plus aucun secret pour lui. Il avait brillamment mis à jour la formule pour fabriquer du liquide vert, en mélangeant du bleu et du jaune, et il était sur le point de découvrir la formule de fabrication du rose, mais les moyens allégués à la science, par le roi, étaient actuellement insuffisants à cette ambitieuse entreprise.









Le soir venu, la salle du royaume était bondée comme la pissotière de la place publique les jours d’exécution. L’annonce faite par Guillotin avait enthousiasmé et attisé les curiosités notoires. Chacun se sentait parcouru de frissons d’excitation.

Le bon St Eloi, bras droit et phalange majeure du roi, titillé d’émoi par un courtisan aussi culotté, et ses deux magnifique filles d'adoption, Dagmelon de Porto et Tachos du Mexique, avaient déserté la salle de jeux de Pomme pourtant animé par Sire ClaudioTell fils du fameux Guillaume, pour assister aux « festivités ». Tous débordaient d’une impatience notoire. Les plus réputés des inventeurs étaient présents, même Sylvain Volte et Ampère Egagne, tous deux très prisés dans le milieux, étaient arrivés en courant. Chacun gloussait de fébriles impatiences. On pouvait également noter que les plus grands écrivains de la contrée s’étaient donné le mot (entre autres, juste là, derrière la mare à cornichons, on pouvait voir Jean Racine absorbé par les propos du grand Boileau de Lafontaine).

Personne ne manquait à l’appel de ce rendez-vous à l’importance tant attendue. Si ce n’est peut-être Lemanche Anbois, Roger de son prénom, et surtout décédé deux ans plutôt d’une lente agonie foudroyante après avoir brillamment découvert «la syphilis » après 10 ans de recherche ininterrompue.

Venu du monde entier, la babine frétillante, chacun attendait avec impatience la nouvelle découverte de Quitche.

Mais vraiment, quelle incroyable assemblée ! (ellipse d'attente sur fond de musique d'ascenseur)
Au fond à gauche, derrière le bol à sangria, on pouvait apercevoir le Dandy George Dandin, inventeur d’une légère côte bras nu, rehaussée d’un protège mâchoire, qui devait protéger les soldats lors de combats rapprochés. Il l’avait dénommé le Marcel serre-dents.

A ses cotés, venu de Chine pour l’occasion, San Lee Tong, avait créé la chaussure à ficelle, très utile et agréable pour courir dans la boue, et son ami russe, Alex Karpin, la sandale à aiguille, utile pour tuer l’ennemi de sang froid, si le combattant se retrouve désarmé. Technique révolutionnaire qui allait conduire irrépressiblement les guerriers de toutes nations à lutter Russe.

Les convives trépignaient, et la rumeur se faisait plus forte. Le clairon retentit et la salle se sut. Le roi, après avoir avalé une dernière mais chère rasade de vin de messe, château neuf du pape, convia le très attendu créateur, à s’avancer :

« Entre ici, Pierre-Henri Quitche, Comte Harbourg avec ton cortège de trucs, montre à ton roi ! »

- Sire, votre altesse royalissime, je vous présente mon invention. L’idée m’est venue dans la journée, je ne dis pas cela pour souligner ma vivacité d’esprit mais …

- Abrège !

- D’accord. Je m’introduis prestement. Chacun ici m’accordera que le bas-peuple, le vulgum pecus, majoritairement plus vulgum que pecus, sanguinaire et bestial, est un danger pour nous. Cependant, certains d’entre eux ont réussi à tromper notre œil aguerri, et à dissimuler leur misère congénitale derrière des apparats de noblesse. J’insinue par là, que leurs frusques ressemblent par trop aux nôtres. Il serait inconvenant de voir un sang foutrement pur ensemencer une gueuse et enfanter un bâtard. J’ai ainsi eu l’éclatante idée de réaliser une ligne de toilettes réservée à la haute bourgeoisie et à la noblesse :

Une superbe pièce de toile en Tafta IoIo, tissée sous-chêne, les soirs de marée, par les meilleures brodeuses du Nord-Ouest de la Bretagne occitane. Large pièce de tissu qui laisse au niveau du siège, une conséquente ouverture, qui permet l’exhibition fière du séant dudit seigneur, et ainsi dévoiler ses propensions à côtoyer le trône de près. J’ai nommé cette merveille « La Partie-cule », révélatrice de noblesse. J’ai par la même occasion, confectionné un modèle de nippes adéquates pour la populace, une sorte de culotte tombante sur le haut des cuissardes. C’est non sans fierté que je lui ai donné le nom de « Ras-du-Cule ». Ainsi nous pourrons à loisir chasser et nous gausser de la crapule paysanne, sans pour autant risquer de faire couler du sang bleu par inadvertance.

- Votre idée est merveilleuse ! Notre supériorité de noblesse sera alors connue et reconnue même par temps brumeux. Il faut une récompense à la hauteur de votre génie ! Je sais ! je vous offre la Lorraine Quitche ! St Eloi, mon bon, le commandement vous donne, et faites que, à recevoir tout ce qu’il demande, le comte habilité soit … Enfin ! vous me comprenez !








Au lendemain de cette ordonnance, le pays fut dragué, les paysans marqués du sceau de l’infériorité par ce nouvel uniforme, chaque noble pouvant alors pointer du doigt les vauriens, se moquer d’eux à souhait et les couvrir de boue avec entrain.

A travers l’histoire le « ras-du-cule » mua progressivement en « Ridicule ». Bien qu’il ne soit plus un vêtement, son utilité est toujours d’actualité : rassurer le vaniteux sur sa supériorité toute illusoire et surtout à se payer une bonne tranche de rigolade. Le poète Mallarmé ne disait il pas «Le ridicule ne tue pas … mais il est à mourir de rire » ? . Apparement non.

Mais l’important est que justice soit rendue, ainsi Pierre-Henri Quitche et son précieux Ridicule resteront dans nos mémoires patriotiques, au moins jusqu’à demain matin, comme celui qui, avec altruisme et sens de l’honneur, redora le blason décrépi de notre belle noblesse française.



Merci pour lui.




................................................................................................................................................................................................................... ************






*1 -
"L'homme de Vitruve" (Leonard De Vinci)

*2 -
BD : "Giacomo C. - T. 15 - La chanson des guenilles" (Jean Dufaux, Griffo)

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