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Exploding Creepshow Inevitable - Voile Noir
Publié le 24/06/2007 par Buzzmix
Sombre comme un donjon...
... et humide comme une douve.

Des chansons pour nourrir sa dépression





Je ne comprends rien au monde dans lequel je vis.

C’est
un fait.

Il fonctionne d’une manière qui m’échappe presque totalement. Quel est le principe, le but, pourquoi vit on, pourquoi meurt on, et si on meurt et qu’il n’y a rien après, pourquoi la vie ressemble à ça ? Alors comme à tout le monde dans la grande sieste du 21e siècle naissant, j’attends un nouveau Mohamed Ali, Coluche ou Adolf Hitler pour me lever, allumer une clope et le suivre sans réfléchir.

En attendant, je m’occupe, c’est très prenant de s’occuper.

Et pour s'occuper rien de tel que de se blotir contre son cafard.






Lou Reed - Perfect Day

(Album « Transformer »)

Lou Reed s’est pris pour beaucoup de choses dans sa vie, et surtout pour beaucoup de monde, mais il n’a jamais été aussi bon que quand il s’est pris pour Alice Sapritch sur Transformer. Croisement d’un blouson de cuir, d’un larsen et d’un chimpanzé doo-wop, Lou a laissé derrière lui plusieurs cadavres de lui-même, avant de mourir définitivement au début des années 2000, renonçant à faire de la musique pour faire des œuvres d’art, c'est-à-dire des disques en guimauve anthracite qui ne feront pas regretter à Jack Lang de lui avoir remis la légion d’honneur. Avant ça, Lou était un génie.

Un poète, quelqu'un capable de « proposer une alternative au monde » comme le dit Houellebecq. Le plus beau des mondes parallèles bâtis par Lou, c’est Perfect Day. Dire que le morceau est une ballade serait le flinguer à moitié, ne pas le dire serait ne pas en rendre compte, donc oui, disons que c’est une ballade. Mais une ballade aussi dure et concrète que n’importe lequel des bâtiments ou des gens que vous touchez chaque jour. Une musique faite d’éléments sonores denses, équilibrés, de couleurs sobres et intenses déployées, enveloppant votre cerveau d'un voile sombre.

Les notes de piano, de basse, de violon, sont longues, espacées, agencées pour que votre système nerveux flotte réellement au milieu de la musique. Vous êtes comme un hippocampe dans une épave, perdu au milieu d’un parc immense et sale, des plaques de marbres émiettées en gros blocs dans les pelouses, des décombres de statues militaires, des poubelles qui débordent et scintillent sous un ciel violet, avec au fond du décor, sur l’horizon, un seul point de lumière qui perce des ténèbres épaisses. De la brume glisse sur l’herbe verte, dure, sombre, de l’eau coule le long des façade, sur le béton, dans les caniveaux, les fissures. Dans le parc, le long des allées, une voix titube, douce, fragile, à peine portée par ses cordes vocales. La voie décrit des polaroïds, lentement. Elle s’extasie en murmurant de la beauté des clichés.

Elle parle de celle qui l’accompagne, lui attribue jusqu’à la lumière du jour, mais n’ose même pas s’agenouiller devant elle pour la remercier. La voie et le paysage avancent avec la même langueur monotone, et puis, tout au bout du couplet, son cœur s’emballe. La gorge se desserre, le piano devient énorme et la poitrine qui se soulève arrache l’asphalte des rues comme des peaux mortes. Vous êtes projeté en l’air avec la musique qui a remplacé pour votre conscience le monde alentour, l’écho fait vibrer vos os au moment même où les flammes glacées du soleil vous lèchent le cou. Tout l’amour froid de la chanson vous écrase, le perfect day, le seul et unique perfect day, violet, perdu au milieu d’une masse d’autres jours imparfaits, tordus, viciés, plein de soi même. Comme le point de lumière sur l’horizon, un jour parfait noyé dans un océan de solitude.



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.....................................................................................................................................Masters Of Reality – Deep in the Hole

..............................................................................................................................................................................................(Album” Deep in the Hole”)

C’est un privilège de l’homme moderne que de voir toute la pourriture du monde rien qu’en baissant les yeux sur son assiette. Du sommet de la chaîne alimentaire, il peut contempler les débris organiques que l’industrie offre à ses couverts.

D’une large pièce de bœuf ciselée avec passion sous le cliquetis nerveux des néons de Cora, il peut tirer des images de vaches convulsant, sabots glissants, sur un sol de métal, avec en fond des colonnes de fumée noire et veloutées, montant des grandes crémations bovines du nord de l’Angleterre.

De son bol de maïs remontera une chaîne d’ADN transgénique, se tordant comme une scolopendre autour de son poignet, alors que sous la balançoire du jardin, des scientifiques en forme d’Agent Smith sont en train de patouiller gaiement dans le génome humain, greffant des cœurs de porcs sur des bébés singes. Sous la télé, il verra des poulets sans bec, sans ailes, sans pattes, des boules de plume et de chaire molle avec des yeux vides et un tube planté dans le cou.


Des cuves pleine de sabots de chevaux ramollissant, liquéfié à l’acide gastrique, changés en gélatine, imbibée de colorant, de sucre et de Valium, se déversant sur une chaîne qui charrie des petit moule en forme de lèvres, des lèvres qui finissent dans des petits sachets roses puis dans des petites bouches tendres. Une musique commence à jouer dans sa tête, un riff de blues qui se déploie sous son crâne comme un petit nuage de sang bien rouge. Une petite musique mal intentionnée et entraînante, trois note jouées dans les graves, sans temps mort, avec un son lourd et poisseux, qui solidifie le tout et en font un sorte de twist à danser avec des docks.

Il se sent emporté et les paroles arrivent à son oreille du fond de son ventre « Here’s a song from deep in the hole »et quand il prête attention à la batterie, il voit son verre d’eau claire comme du cristal vibrer, et à chaque coup de caisse claire un milliards de bras africains se lèvent dans un seul cris vers le ciel, chacun portant un kalachnikov tout contre le ciel stérile, à chaque coup de grosse caisse c’est un pas vers lui et sa table de ce milliard d’africains, chaque pas fait se fissurer la terre sous ses pieds, et il voit les corps tomber dans la mer et la mer ne peut les avaler tous alors elle se remplit de corps et les uns marchent sur les autres et le tremblement continue et grossi sous sa chaise. La chanson continue et une petite voix aigre (la voix de Josh Homme des Queens Of The Stone Age) vient doubler la première, et l’homme voit les murs s’élever plus haut encore au dessus de la table, et les tremblements n’arrêtent pas, ils remontent jusque dans les os de son visage, et le twist panzer continue au fond de son cœur « sick of the sea, sick of the air, sick from the view, ain’t nobody there ». Une odeur d’électricité statique dans l’air.

Quand il avale sa salive, il sent des radiations nucléaires s’emmêler comme une boule de cheveux au fond de sa gorge. Le soleil se fend, les murs atteignent les étoiles, la lumière est chassée par l'haleine chaude de tous les miséreux de la terre qui marchent à sa rencontre. Il se lève et allume la télé. Au fond du canapé, ses dents grincent. Il plisse les yeux. Essaie de suivre le policier du jeudi. Monte le son pour couvrir les grognements dans son dos.
Here’s a song from deep in the Hole…”

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