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 | Encres sur toile Akira Kurosawa : 50 ans de carrière (1943-1950) Publié le 19/06/2007 par Xavier Chanoine | | Akira Kurosawa est le cinéaste nippon le plus populaire à travers le monde et les époques. Dans le haut du panier avec des cinéastes comme Kenji Mizoguchi ou Yasujiro Ozu, il signe ses films d'une touche humaniste sans nulle autre pareille dans le pan cinématographique nippon. Gros plan sur sa carrière. |
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Même en tant que premier film, "La Légende du Grand Judo"
faisait déjà preuve d'un sens du cadre |
Avant de se lancer dans la réalisation en 1943 avec La légende du grand Judo, Kurosawa fit ses premières marques avec les metteurs en scène Eisuke Takigawa et Kajiro Yamamoto, qu’il assista jusqu’à tourner des scènes entières. On retrouve par exemple un plan du moulin dans le film de Eisuke Takigawa, La légendes des bandits des guerres de l’époque Sengoku repris à l’identique dans Les septs samouraïs. C’est donc en 1943 qu’Akira Kurosawa débute sa carrière de cinéaste sous la demande des maisons de production et les conseils avisés d’un certain Yasujiro Ozu, l’un des nombreux amis de métier du cinéaste débutant.
La réputation de La légende du grand Judo est particulière puisque Kurosawa signe déjà une première œuvre importante dans le pan cinématographique nippon alors déjà bien occupé par des cinéastes comme Mizoguchi, Ozu, Naruse ou Uchida. Mais la particularité de La légende du grand Judo est à mettre à l’actif d’une signature humaniste à la beauté étincelante, qui même avec un budget limité, propose des solutions visuelles remarquables. Comment oublier cette dernière séquence dans les plaines, ce gros plan sur cette fleur blanche étincelante autour d’un marais poisseux ou les nombreux cadrages serrés sur le visage de Susumu Fujita, alors futur acteur occasionnel de quelques grands noms du cinéma nippon, comme Ichikawa Kon ou Mikio Naruse. On ne peut pas l’oublier même si La légende du grand judo reste un film mineur en bien des points puisque la thématique sera largement vue et revue par Kurosawa au cours des années à venir.
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Deux silouhettes prêtes à en découdre
dans "La Légende du Grand Judo 2" |
Un an plus tard, Kurosawa tourne Le plus beau / Ichiban Utsukushiku sous les pressions du Ministère de l’information qui exigea de Kurosawa le respect d’une certaine éthique de la politique nationale, ce dernier étant obligé d’inclure des éléments de propagande pour survivre dans l’industrie du cinéma et ainsi exercer son métier en toute tranquillité. Dans Le plus beau il est donc question d’ouvrières volontaires au sein d’une usine de tirailleurs aériens. Elles se soutiennent mutuellement en organisant des rencontres de volley-ball et en créant des chorégraphies militaires. Selon Kurosawa, ce n’est qu’un film de propagande aux yeux des américains, et il reste bien inoffensif quoi qu’on en dise. Kurosawa y épousera d’ailleurs l’une des actrices, Yoko Yaguchi et qualifiera son œuvre plus tard comme la plus chère à son cœur en dépit de son caractère résolument mineur.
A la fin de la seconde guerre mondiale, Kurosawa tourne Les Hommes qui marchent sur la queue du tigre / Tora no o o fumu otokotachi, son œuvre la plus courte et la plus censurée à cette époque, basée sur le théâtre Kabuki. Cette étrange œuvre raconte le périple d’une troupe de partisans devant ramener un jeune prince à la frontière. Jugé trop choquant par le ministère alors en place à l’époque, le film ne sortira qu’en 1952 après la fin de l’occupation américaine. Anecdote amusante, des soldats américains visitaient le studio de tournage à l’époque, attirés par les costumes traditionnels des acteurs. La plupart d’entre eux désiraient se faire prendre en photo avec les acteurs en leur demandant de simuler une attaque au sabre. Cette anecdote obligera Akira Kurosawa a arrêter momentanément le tournage. La même année, La légende du grand Judo 2 / Zoku Sugata Sanshiro voit le jour. Film de commande par excellence, plutôt médiocre malgré quelques bonnes idées de mise en scène, on y retrouve toujours Susumu Fujita dans le rôle de Sugata Sanchiro, désireux d’en découdre avec un militaire américain des suites d’une bagarre gagnée par ce dernier sur un japonais. Il aurait été inconcevable qu’un film comme celui-ci puisse voir le jour quelques temps auparavant, mais Kurosawa est un cinéaste qui commence à prendre de l’importance et subit donc les pressions des maisons de production comme la plus importante de l’époque, la fameuse Toho.
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Chez Kurosawa, personne n'est jamais seul... |
En 1946 Kurosawa signe Je ne regrette pas ma jeunesse / Waga seishun ni, un portrait d’étudiants qui s’opposèrent au militarisme durant l’avant-guerre. C’est aussi le premier film tourné par Kurosawa sans être obligé de subir les pressions du gouvernement en place ou des maisons de productions. Un film mineur tout comme les deux qui suivirent, Ceux qui font l’avenir / kuinashiAsu o tsukuru hitobito et Un merveilleux dimanche / Subarashiki nichiyobi (1947) difficilement trouvables à l’heure actuelle. Des rumeurs persistent à dire que les bobines de Ceux qui font l’avenir ne seront jamais dévoilées par la Toho. Il faudra attendre 1948 pour voir le premier chef d’œuvre de Kurosawa sur les écrans japonais, L’ange ivre / Yoidore tenshi important pour ses qualités fondamentales et formelles mais aussi parce qu’il représente le début d’une longue collaboration entre un cinéaste alors en pleine possession de ses moyens et un Toshiro Mifune débutant mais déjà impressionnant, que l’on a pu voir un an avant dans Snow Trail / Ginrei no hate de Senkichi Taniguchi, scénarisé par Akira Kurosawa. |
Monument d’humanisme et de remise en question, L’ange ivre évoque le destin tragique d’un gangster alcoolique, atteint de tuberculose, aidé par un médecin (Takashi Shimura) qui fera tout en son pouvoir pour le dissuader d’enchaîner les bouteilles de whisky. Une descente aux enfers incarnée par Toshiro Mifune, une société nippone d’après-guerre boueuse et chaotique, Kurosawa n’épargne personne et le fait bien, en témoigne ce plan-séquence en fin de métrage où la caméra suit un Mifune au bord du gouffre, comme si Kurosawa punissait un homme qui n’a rien fait pour se sauver. Une leçon de vie particulièrement cruelle.
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Dans Chien Enragé, la menace est permanente |
Même si Akira Kurosawa n’est pas le réalisateur le plus prolifique de sa génération, il signe en 1949 deux films, dans un registre totalement opposé. L’un, Chien enragé / Nora Inu évoque les pérégrinations d’un policier à la recherche de son pistolet dans les bas-fonds de Tokyo, chipé par un individu dans un bus bondé en pleine canicule. L’autre, Le duel silencieux /Shizukanaru ketto suit le parcours vers la « mort » d’un médecin contaminé par la syphilis lors d’une opération d’un malade de guerre. Le médecin cachera ce terrible secret pour ne pas faire de peine à ses proches et pour garder sa dignité. Deux films bien différents certes, mais habités par la grâce de Toshiro Mifune, une fois de plus admirable dans les deux cas.
Chien enragé représente la première incursion du cinéaste dans le polar noir, retravaillant les codes du genre grâce à une mise en scène audacieuse, faite de plans-séquences et de cadrages serrés, captant la moindre goutte de sueur des protagonistes sous pression. Tandis que Le duel silencieux joue la carte du drame intimiste, grave et à la limite du larmoyant un chouïa facile, préférant se centraliser avant tout sur le sort réservé au médecin Kyoji plutôt que d’approfondir sa trame. Mifune explose donc littéralement l’écran et si Le duel silencieux reste un Kurosawa mineur, il n’en demeure pas moins abouti et surtout attachant, rappelant parfois l’univers du mélodrame Ozuesque par ses nombreuses balades en "couple".
à Suivre => La seconde partie ...
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