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 | Le pavé dans la mare Jonathan Coe – Le sens de l’histoire ? Publié le 19/06/2007 par Caramia | | Des grandes grèves des années 70 à la guerre en Irak, en passant par les années noires du thatchérisme et l’avènement de la musique punk, un regard sans concession sur 30 ans d’histoire britannique... |
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« Mon ambition d’écrivain est
........................d’échapper à l’anglicité » |
Jonathan Coe, not so british !
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Il est toujours délicat de mêler critique socio-politique et littérature. La première implique une rigueur de l’argumentation qui se réalise le plus souvent au détriment de la deuxième. Mais la chose n’est pas impossible. Témoin le jeune (bon plus si jeune que ça) prodige de la littérature anglaise contemporaine : Jonathan Coe.
Après quelques romans au style résolument moderne et aux propos décalés, Coe s’est fait connaître par ses critiques « au vitriol » - comme on dit - de la société anglaise depuis les années 1970. Il ne ménage aucun compartiment de la vie politique et sociale britannique, tout en préservant une écriture fluide, drôle et percutante. Il mêle habilement les sujets d’actualité à la vie intime de ses personnages, toujours très fouillés. Le tout saupoudré d’innombrables références musicales et de répliques mordantes. Un petit bijou au pays de Barbra Cartland et Agatha Christie.
Né en 1961 à Birmingham, une ville industrielle de l’ouest de l’Angleterre, Jonathan Coe étudie à Cambridge avant d’enseigner la poésie anglaise à l’Université de Warwick. Il devient ensuite journaliste puis écrivain free-lance. Il rencontre un succès quasi-international avec son quatrième roman, Testament à l’Anglaise, qui remporte le Prix Femina du roman étranger. Coe est désormais synonyme non seulement de romancier de talent, mais également de critique acide de la société anglaise des trente dernières années.
Au départ, l’auteur ne tenait pas particulièrement à se faire le chantre des critiques du libéralisme. Il ne se trouvait pas en accord avec la politique tenue par le gouvernement depuis les années 70, notamment celle menée par Margaret Thatcher entre 1975 et 1990. Les livres sur le thatchérisme ne manquaient pas, mais il les trouvait trop solennels, pas assez narratifs – lui préférait nettement les fictions et les romans noirs. Et c’est d’ailleurs dans cette veine qu’il a écrit ses trois premiers romans. Cependant, à la suite d’une rencontre bizarre avec un lecteur qui lui reprochait de ne pas prendre parti, le traitant de lâche, Coe décida de se lancer dans l’écriture d’un roman noir à la fois comique et politique. Ce quatrième roman le portera aux nues de la constellation culturelle anglaise et européenne, et il poursuivra dans cette voie avec ses romans suivants. A travers les vies de ses héros, toujours un peu paumés, l’écrivain nous fait partager sa profonde insatisfaction concernant la politique anglaise intérieure et internationale des dernières décennies.
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La Femme de Hasard, le livre dont on ne veut pas être le héros
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...........................« Ça ne vous dérange pas
...........................que je vous raconte tout ça au passé ?
.............................Je trouve l’autre temps vraiment
............................épuisant. » |
Avec son premier roman, La Femme de hasard (1987), Jonathan Coe fait fort. Très fort même. Il nous raconte l’histoire triste, mélancolique et pour tout dire plate – là c’est lui-même qui le dit - de Maria, une jeune fille anglaise issue d’un milieu modeste, qui a tous les atouts en main pour réussir sa vie. Sauf que la demoiselle est indifférente à son entourage, indécise par nature, et se laisse porter par les événements sans se laisser toucher par les gens. Le sujet est original, écrire sur une non-histoire, avec un presque non-personnage – horripilant au possible si je puis exprimer une opinion personnelle.
Autre innovation du roman, les interventions amusées et incessantes du narrateur, sorte de deus ex-machina qui commente avec ironie les errances de Maria. Un narrateur drôle et un peu feignant sur les bords, qui écrit sans vergogne « Au lecteur d’imaginer un bref silence » lors d’une scène d’amour entre Maria et Ronny, son éternel amoureux éconduit. Un écrivain qui s’adresse directement à son lecteur, en se liguant avec lui contre l’héroïne, voilà qui est rafraîchissant ! Et le procédé fonctionne tellement bien qu’on se laisse prendre tout au long du récit... Le lecteur prend goût à ces interventions mi-ironiques : « Ce conseil piqua Ronny à ce que nous autres romanciers appelons le vif ») mi-lassés : «Honnêtement, je commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire, tout comme Maria commence à en avoir marre de Maria, et de son histoire.».
La Femme de hasard est drôle, prenant, incisif, bref à lire. Ce premier roman remarquable avant tout par son style d’écriture novateur annonce déjà le Jonathan Coe incisif et critique qui produira par la suite l’une des peintures les plus corrosives de la société contemporaine.
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Une touche d'amour - d'où l'amour est absent
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" Il y a des tas de types comme lui à l'université. Des types qui n'en font plus partie, mais qui l'aiment trop pour pouvoir la quitter. Encore que "aimer" ne soit pas le mot qui convienne... c'est trop positif... parce que, en réalité, quelqu'un qui aime l'université à ce point déteste la vie en général. " |
Robin Grant travaille sur sa thèse de littérature depuis 4 ans. Il vit en reclus dans un taudis mal entretenu et n’a de rapport sociaux qu’avec son amie indienne Aparna, sans que ni l’un ni l’autre ne semble prêt à choisir entre amour et amitié. Il est visiblement dépressif, c’est en tout cas ce que semble penser ses vieux amis de fac qui tentent sans succès de renouer le contact. Cette vie misérable est sérieusement bouleversée le jour où Robin se trouve accusé d’outrage à la pudeur – on l’accuse de s’être exhibé devant un petit garçon. Tout joue contre lui, et ses anciens amis se détournent de lui. Son avocate elle-même, pourtant convaincue de son innocence, est si perdue dans ses propres soucis amoureux qu’elle tente de le convaincre de plaider coupable.
Une touche d’amour est un roman sur la dépression et l’isolement social. Le personnage central à l’existence malheureuse n’est pas le seul à souffrir de ces maux modernes. La jeune immigrée Aparna se débat avec sa condition, l’avocate manque d’oreilles compatissantes à qui se confier, et les anciens amis eux-mêmes se complaisent dans leurs certitudes et se ferment au monde. Le roman pourrait être déprimant, s’il n’avait pas été écrit de manière aussi caustique. Car l’humour est là, et bien là. Coe fustige une société hypocrite, froide et impersonnelle qui prône l’amour sans jamais l’offrir et qui aligne les clichés.
Au fil des pages, ce personnage a priori si antipathique finit par attendrir le lecteur. Les scènes sont d’ailleurs entrecoupés des nouvelles écrites par Robin, qui laissent apparaître une fêlure profonde. Il apparaît comme la victime de la société, sans que personne n’en soit ému. C’est dans ce roman que la satire sociale commence clairement à apparaître.
Jonathan Coe dénonce entre autres la machine judiciaire et le système universitaire. Il aborde également le thème de l’intolérance, et du racisme de ma vie ordinaire. Une touche d’amour parle du manque d’amour avec cynisme et justesse... Un roman court qui se dévore d’une traite et qui annonce la noirceur de ses oeuvres suivantes.
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Testament à l'Anglaise, ou l'autopsie d'une politique
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......................................" Les années quatre-vingt n'ont
...........................................pas été une bonne période pour moi,
............................................dans l'ensemble.
.........................................Je suppose que ç'a été
.......................................le cas pour beaucoup de gens. "
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C’est avec Testament à l’Anglaise (1994) que Jonathan Coe explose – au sens figuré bien entendu. Il nous parle d’une puissante famille anglaise, les Winshaw, au travers de laquelle on suit les excès et les perversions de l’ère thatcherienne. Une vieille tante un peu folle engage un écrivain dépressif pour faire la biographie de sa famille. Et très vite, le héros, Michael Owen, va découvrir que sa vie, ainsi que toute la société anglaise contemporaine, est inextricablement liée à l’histoire de cette tribu de profiteurs rapaces.
Comme le dit l’auteur lui-même, le sujet de ce roman est « La vie de quelques personnes et la manière dont leur existence est affectée par les décisions de gens bien au-dessus d'eux, les gens au pouvoir ».
Tous les sujets sont abordés via les membres de cette famille apparemment respectable. Hilary Winshaw est journaliste et a participé au sabotage de l’audiovisuel public :
« Quand donc ces ramollis autoproclamés de la mafia télévisuelle comprendront-ils que ce que veut le public britannique, à la fin de la journée de travail, c'est un peu de détente et un peu de distraction ? Et pas être "éduqué" par un pédant de critique barbu présentant trois heures de mime bulgare unijambiste. »
C’est sous ce leitmotiv qu’elle développe une télévision « de masse », qu’elle se garde bien de regarder par ailleurs, qui plaît au plus grand nombre et ne participe pas vraiment à l’élévation du niveau culturel anglais. Nul besoin d’être un expert pour comprendre de quoi il retourne... Nous avons tous en tête le genre de programmes dont il s’agit.
Henry Winshaw, député travailliste, se fait le champion de la privatisation et du démantèlement de la Sécurité Sociale. La plume de Coe se fait d’ailleurs moqueuse pour un sujet aussi grave :
« J'ai également pris une ferme décision pour le mot "hôpital". Ce mot est exclu de nos discussions : nous parlons désormais d' "unités pourvoyeuses". Car leur seul but, dans le futur, sera de pourvoir à des services qui leur seront achetés par les autorités et par les médecins en vertu de contrats négociés. L'hôpital devient un magasin, les soins deviennent une marchandise, tout fonctionne selon les règles des affaires : produire beaucoup, vendre bon marché. La magnifique simplicité de cette idée m'émerveille. ».
Au-delà de l’absurdité du discours, les conséquences de ces décisions seront fatales à de nombreux personnages du roman, dont Fiona, la petite amie de Michael. En effet, les hôpitaux anglais gérés comme des magasins, par des financiers uniquement attentifs à la rentabilité de l’opération, deviennent inefficaces. L’agonie de Fiona en dit long : après avoir tenté pendant des semaines de se faire soigner par des médecins débordés, elle finit aux urgences où la préoccupation est de lui trouver un lit... Un objectif tellement difficile à atteindre que le médecin de garde oublie de lui donner les antibiotiques qui auraient pu la sauver. Coe nous dresse un tableau noir et grinçant d’un système médical devenu dangereux pour les administrés.
Dorothy Whinshaw est tout aussi criminelle. Mariée à un honnête fermier, elle ne tarde pas à transformer l’affaire familiale en empire agroalimentaire. Toujours en quête de productivité, elle développe l’agriculture et l’élevage intensifs, ne rechigne pas à nourrir ses bêtes avec les restes de leurs congénères, s’interroge longuement sur la meilleure manière (la plus productive, pas la plus humaine) de tuer le bétail. Entre deux joyeusetés de ce genre, elle prend à peine le temps de produire un communiqué de presse expliquant le suicide de son mari désespéré par tant de cruauté... Les plaisirs de la ferme prennent soudainement une autre connotation :
« - Je ne peux pas traverser. Il n'y pas de la place de passer, avec tous ces poulets.
- Allons, ils ne vont pas vous faire mal.
- Mais si moi je leur fais du mal ?
- Ne vous inquiétez pas pour ça. Je veux dire, tâchez de ne pas trop en piétiner. De toute façon, il y en a toujours quelques-uns qui crèvent. Ca n'a pas d'importance. ».
Un dialogue qui en dit long et qui préfigure surtout les grands scandales alimentaires des années 90 et 2000, entre maladie de la vache folle et veau aux hormones...
Mark Winshaw est lui le personnage de l’ombre... Marchand d’armes, il copine gaiement avec Saddam Hussein, avec bien entendu l’appui de son gouvernement, sans se poser trop de questions. Effectivement il sait composer avec sa conscience et s’acoquine avec un nazi notoire, dont il épousera la fille, afin de servir ses intérêts :
« "Je sais parfaitement ce que Saddam Hussein fabrique dans cette prétendue unité de recherche. Je sais aussi qu'Israël sera sa première cible. C'est pour cette raison que je le soutiens, bien sûr. il va reprendre une entreprise de nettoyage qu'on ne nous a jamais permis d'achever. Est-ce que vous me comprenez bien, monsieur Winshaw ?"
- J'ai pris l'habitude, répondit Mark, de ne jamais poser de question sur l'emploi... ».
Un méchant qui s’assume et qui n’hésite pas à faire agresser un journaliste qui enquêtait sur ses activités.
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Jonathan Coe nous brosse ainsi une galerie de personnages caricaturaux, sans âme, dont les agissements se répercutent sur la vie de Michael, de Fiona, de leurs parents et amis, sur toute la société anglaise. Le tableau est sombre, mais reste plaisant. D’une part grâce au style qui fait systématiquement mouche – il a le don de présenter les pires atrocités de manière grinçante mais drôle – mais également parce que l’histoire ne se résume pas à cela. La biographie de tous ces personnages hauts en couleurs se double d’une enquête policière des plus savoureuses, digne des meilleurs romans d’Agatha Christie.
Mais ne déflorons pas le dénouement... Sachez simplement que le fin mot de l’histoire réside dans une ultime confrontation de tous les personnages réunis par une sombre nuit orageuse dans le manoir familial. Tous les personnages, y compris un meurtrier avide de vengeance, ou de justice, chacun choisira sa version. Pour un peu, le lecteur aurait presque envie de s’écrier : « C’est le Colonel Moutarde qui a fait le coup dans la cuisine avec le chandelier ! ».
Testament à l’anglaise est finalement un double roman policier. On cherche le coupable dans la famille Winshaw, puisque comme dans toute bonne dynastie qui se respecte, les placards du manoir familial contiennent quelques squelettes. Mais on y fait aussi et surtout l’autopsie du thatchérisme, vous savez, cette fameuse politique menée pendant des années, qui a enterré le rêve socialiste anglais. Privatisations effrénées, productivité avant tout, combines et magouilles politiques, tout y est. Un portrait sans concession, presque un pamphlet, qui amène le lecteur – et c’est devenu assez rare pour qu’on le souligne – à réfléchir sur les conséquences au quotidien des choix politiques faits.
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« Imagine. Un monde sans téléphones mobiles, sans magnétoscopes, sans Playstation. Même pas de fax ! Un monde qui n’avait jamais entendu parler de la Princesse Diana ou de Tony Blair, qui n’aurait jamais imaginé partir en guerre au Kosovo ou en Irak. A l’époque, Patrick, il n’y avait que trois chaînes de télévision. Trois ! Et les syndicats étaient tellement puissants que, s’ils le voulaient, ils pouvaient très bien couper une chaîne pendant toute la soirée. Il y avait même des fois où les gens étaient obligés de se passer d’électricité. Imagine ! »
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Bienvenue au club, le début de la fin...
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Avec Bienvenue au Club (2001) et Le Cercle Fermé (2004), Jonathan Coe conserve son style soigné et précis mais le met au service de ses opinions. Il brosse le tableau de quelques adolescents pleins d’idéaux dans l’Angleterre des années 70 (Bienvenue au Club) et nous les montre à nouveau 20 ans plus tard, leurs illusions perdues et leurs idées piétinées dans le désenchantement des années 90 (Le Cercle Fermé). |
Comme leur créateur, les personnages de Bienvenue au Club et Le Cercle Fermé ont grandi à Birmingham, la ville industrielle par excellence. D’abord adolescents et plein d’idéaux, puis adultes et un brin désabusés, leurs vies s’entremêlent avec les événements actuels, mais de manière plus subtile que dans Le testament. Coe s’attarde sur un thème majeur, celui du compromis : il examine avec attention comment ses personnages ont évolué et quels chemins ils ont pris. |
Le Cercle Fermé - quand le serpent finit par se mordre la queue
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Benjamin Trotter, fils d’un cadre anglais, poursuit sa scolarité dans « une école de riches », avec son jeune frère Paul, ses amis Claire et Philip, mais aussi Doug, le fils d’un syndicaliste engagé et la belle et mystérieuse Cicely dont il est éperdument amoureux.
Le lecteur suit avec amusement les passions de ce groupe d’adolescents : la musique tout d’abord, puisque Benjamin est le fondateur du groupe Gandalf’s Pikeyard (toute référence à l’univers de Tolkien est clairement pensée et assumée), l’actualité – le jeune Doug Anderton se destine à une carrière de journaliste, et les filles bien entendu...
Benjamin se rapproche de sa sœur Lois lorsque celle-ci, victime d’un attentat dont son petit ami ne ressortira pas vivant, reste plusieurs mois dans le coma. Parallèlement, la sœur de Claire, Myriam, disparaît brusquement alors qu’elle avait une liaison avec Bill Anderton, le père de Doug.
... Cela vous semble compliqué à suivre ?
Rassurez-vous, ce n’est pas le cas, tant la plume enlevée de l’écrivain vous immerge dans le nœud inextricable de ces vies.
Vingt ans plus tard, on retrouve – avec délices, il faut bien l’avouer – l’ensemble des protagonistes. Ils ne sont plus si passionnés, ils ont mûri, ils ont vieilli, et l’heure est au bilan à l’aube de la quarantaine. Qu’est-il vraiment arrivé à la sœur de Claire ? Benjamin finira-t-il enfin le roman qui a occupé trente ans de sa vie et retrouvera-t-il son grand amour Cicely ? Doug saura-t-il mener à terme cette enquête sur la montée du nationalisme et du racisme ? Les enfants des héros suivront-ils les mêmes chemins que leurs parents ? Autant de questions, laissés en suspens dans Bienvenue au Club, qui trouveront des réponses – ou pas – dans Le Cercle Fermé.
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Deux romans passionnants... dont la toile de fond reste avant tout sociale et politique. Bienvenue au Club brosse le tableau de l’Angleterre syndicale pré-Thatcher. Les attentats de l’IRA dans les pubs, dont Lois, la sœur de Benjamin, sera victime, auxquels s’ajoute la montée de l’extrémisme avec l’avènement du National Front. Sans oublier les grandes grèves des années 70 : le père de Doug participera d’ailleurs aux manifestations de soutien aux grévistes pakistanais de l’usine photographique de Grunwick. Le personnage est d’ailleurs représentatif de l’époque : idéaliste convaincu et actif, il finit désabusé et aigri à la fin du roman, préfigurant ainsi l’évolution des personnages dans le tome suivant.
Ces années mouvementées annoncent la fin de l’Etat Providence : la société est en pleine mutation – Paul Trotter plaisante même sur « la mort du rêve socialiste » - et le livre se finit sur une prophétie d’un personnage affirmant que jamais Margaret Thatcher n’arrivera au pouvoir.
L’histoire – et l’Histoire – reprend dans le tome suivant sur fond de guerre en Irak. Paul est devenu député au sein du parti travailliste, et ses convictions ne sont plus aussi franches sous le gouvernement Blair. Il hésite à prendre position, se méfie des médias, atermoie, se fourvoie, et nous renvoie une image bien peu reluisante des politiciens. Il préfigure surtout la mort des idéologies et le pragmatisme politique préconisée par Tony Blair qui, rappelons-le, aime à répéter que « la politique n’est ni de gauche ni de droite, elle est bonne ou mauvaise, ce qui compte, c’est ce qui marche ». Une prise de position opportuniste qui justifie toutes les contradictions. Comme par exemple un engagement dans une guerre contre un ancien partenaire commercial et politique – l’Irak pour ne pas le nommer.
On retrouve dans ce diptyque des thèmes chers à Coe. La musique tout d’abord, qui tient une place primordiale dans le premier roman. Effectivement, dans les années 70, la musique était révélatrice des convictions des gens, surtout pendant l’adolescence. Mais les années 70 ont également vu l’avènement du punk, courant culturel contestataire qui proteste contre les valeurs établies. On assiste d’ailleurs à un parallèle intéressant entre le mouvement punk et l’arrivée de Thatcher au pouvoir, tant ces deux événements se posent en rupture avec le passé et les traditions.
Autre thème récurrent dans les deux romans, celui de l’écrivain raté. Benjamin est obsédé par la rédaction d’une oeuvre parfaite, à tel point qu’il tremble de montrer sa production à qui que ce soit. On retrouve l’ébauche de Benjamin dans un roman précédent de Jonathan Coe, Une touche d’amour, et de manière plus marquée dans le personnage de Michael Owen du Testament à l’Anglaise.
Coe avait écrit Testament à l’Anglaise alors qu’il avait 30 ans, et que ses opinions politiques étaient fermes et passionnées. Quelques années plus tard, il aborde lui aussi la quarantaine et ces deux romans avec des sentiments politiques plus nuancés, plus complexes. Le personnage central de Benjamin, l’écrivain qui doute, est sans doute le meilleur reflet de la personnalité de l’auteur. Il nous brosse encore une fois une fresque palpitante, où la vie des personnages est indissociable de la société dans laquelle ils vivent.
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Jonathan Coe, pas british mais shocking
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..................................." Tout ce que je veux de mes romans,
...................................c’est qu’ils soient proches de la vie. "
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Jonathan Coe, un écrivain historique ?
Il ne le revendique pas :
« Si les gens veulent voir mes romans comme des témoignages de l'histoire, des romans sociaux, c'est leur affaire. Mais je crois qu'ils seraient mieux servis à l'heure actuelle par les journaux et la télévision. ».
Mais gageons que d’ici quelques décennies, à l’instar d’un Zola ou d’un Maupassant, son oeuvre fera figure de peinture sociale réaliste et imagée. Quoi qu’il en soit, au-delà de l’aspect politique et engagé de ses romans, il reste des histoires sacrément bien racontées.
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Bibliographie |
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Romans
1987 La Femme de hasard – The accidental woman
1988 Une touche d’amour – A touch of love
1990 Les nains de la mort – The dwarves of death
1994 Testament à l’anglaise – What a carve up !
1997 La maison du sommeil – The house of sleep
2001 Bienvenue au club – The Rotter’s club
2004 Le cercle fermé – The closed circle
Biographies
1991 Humphrey Bogart : Take it and like it
1994 James Steward : Leading man
2004 Like a fiery elephant : The story of B.S. Johnson
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