| Beaux textes pour jolies notes |
 |
| Meet the Genius |
 |
| Soavi première |
 |
|
 | Encres sur toile Cube Publié le 14/01/2008 par Dr Freudstein | | Film de SF à petit budget, premier film d’un réalisateur inconnu, avec une équipe et des acteurs qui le sont tout autant, 'Cube' reçevra le prix du public au festival fantastique de Gerardmer en 1999! |
|
"CUBE"
de Vincenzo Natali |
Six personnes se retrouvent à leur réveil enfermées dans une prison étrange, des cubes métalliques assemblés les uns aux autres mais dont certains passages recèlent des pièges terriblement mortels. La sortie est proche, mais le chemin pour y parvenir, terriblement dangereux...
|
A la vision du générique, on peut noter que les lettres du mot CUBE s’affichent d’une manière assez similaire à ce que l’on pouvait voir dans le "Alien" de Ridley Scott ; référence qui est de surcroît explicitement citée dans "Elevated", court métrage de Natali qui entretient d’étroits liens avec "Cube".
En effet, "Cube" rentre finalement dans la même catégorie que "Alien", à savoir le film de SF horrifique. La mécanique de mort mise en place dans les deux films est aussi implacable et enfin, le microcosme formé dans un environnement réduit et hostile rend compte des mêmes tensions entre les différents membres du groupe.
|
Après une séquence d’introduction pré-générique qui plante l’environnement du Cube et explicite son extrême dangerosité par le biais de la mort d’un premier personnage isolé, nous suivrons le parcours d’un petit groupe de personnes, qui semblent avoir chacune une fonction au sein du groupe.
Ainsi, un expert en évasion de prisons de haute sécurité prendra naturellement la tête du petit groupe, s’imposant par là même comme le leader naturel de par ses connaissances pointues des différents pièges du cube, très semblables à ceux des prisons desquelles il a déjà réussi à s’évader. Cependant, un piège qu’il n’a pas réussi à prévoir aura raison de lui d’une manière plutôt ignoble.
Après ces deux morts somme toute très graphiques, une grande tension accompagnera chaque entrée dans une nouvelle pièce, les personnages n’ayant pour seul espoir que de finir par trouver une sortie …
|
Au fur et à mesure que les personnages arpenteront les pièces du Cube, nous découvriront que ce dernier semble obéir à une logique mathématique très complexe, que certains personnages peuvent alors tenter de décoder à l’aide de leurs connaissances, pour ainsi finir par trouver la sortie. A ce stade du film, nous pouvons d’ores et déjà faire le constat fondamental que plus aucun personnage ne sera directement victime des pièges du cube.
En effet, Quentin, policier charismatique et leader naturel du groupe, dont la présence est rassurante au début, finira par devenir fou, menant à sa perte le groupe pourtant parfaitement conscient de son besoin de collaborer pour survivre.
|
Dès lors, il est intéressant de noter que le nom de chaque individu est également le nom d’une prison, explicitant par la même le fait que les individus sont prisonniers à plus d’un titre : tout d’abord prisonniers du cube, titanesque exemple de technique moderne et de logique mathématique, mais également prisonniers de leur propre nature d’être humain, complexe mélange de peur et de courage, de lâcheté et d’héroïsme, imposant aux personnages des attitudes souvent ambiguës révélatrices de cet état de fait.
Worth est passif et fatalement déterminé à se laisser mourir, avant de faire preuve de quelques sursauts d’héroïsme, Leaven tente vainement de refouler le réel dans le rêve, avant d’affronter la situation avec toute la rigueur logique qui la caractérise, Holloway est paranoïaque et prompte à la panique, mais son humanité inébranlable empêchera le groupe de commettre l’irréparable en abandonnant Kazan …
|
Maintenant, nous pouvons noter que le film ne donne aucune réponse claire quant à l’origine du cube et à la raison pour laquelle les individus se sont retrouvés dans ce dernier. Parti pris scénaristique à la fois facile, intéressant de par les nombreuses perspectives qu’il ouvre, mais également casse-gueule pour un public trop habitué à recevoir toutes les explications sans efforts.
Bien sûr, ce procédé sied finalement bien au film, puisqu’il décuple l’aura de mystère qui s’est dégagée du métrage durant l’heure et demie qui a précédé, tout en invitant le spectateur à revoir le film pour essayer de trouver – éventuellement – les réponses à ses nombreuses questions restées en suspens.
Le générique de fin renforce l’impression de vide et semble propice à la méditation, l’ordre étant revenu après le déferlement de violence final qui met fin aux derniers espoirs de Leaven, pourtant assez désenchantée par ailleurs.
|
Ainsi "Cube" est un film de SF minimaliste, qui prend des allures de huis-clos horrifique afin de faire naître un tension viscérale, mais n'oublie pas de générer une réflexion sur l'homme, l'évolution de sa technologie, mais aussi son avenir incertain.
En effet, contre toute attente, il semble clair que le cube soit bel et bien une invention de l'homme, dont l'absurdité n'est que le fruit des errances d'un esprit humain complexe souvent grisé par son désir d'expérimentation et de défi. Si l'on part du principe que le cube est effectivement une invention humaine, ce dernier ne peut que rendre compte de la moralité déliquescente de l'homme, architecte de sa propre extermination.
|
Par ailleurs, le peu d'informations que l'on a du cube vient du personnage de Worth, individu secret animé d'un profond désespoir, dont l'acharnement à ne pas sortir du cube pour ne pas retrouver le monde extérieur explose dans un final crépusculaire.
Worth apparaît donc comme le personnage-clé qui, en plus de connaître un minimum le cube-prison, a participé à sa conception, et confesse même au détour d'un silence avoir été au courant du fait que l'on enfermait des vraies personnes dedans (c'est d'ailleurs la raison pour laquelle il en est lui-même victime).
Worth est donc un homme à l'humanisme abîmé et déclinant, dont le profond pessimisme l'emporte au final malgré la très faible perspective d'espoir que fait naître la disparition de Kazan dans le vague, hors du cube.
|
La technologie, dans les récits de Science-Fiction, a souvent pour fin d'améliorer les conditions de vie des hommes, voire de leur permettre d'atteindre une étape supérieure de leur évolution ; dans "Cube", la technologie est infernale, elle broie les corps et torture les esprits, réduit l'homme à son état le plus basique de pourriture en suspens. Dans "Cube", l'homme est prisonnier de la technologie au sens propre. Une technologie qu'il a lui même façonnée, et qui finit par lui échapper.
Dans une certaine mesure, le "Cube" est aussi impitoyable que le monde extérieur, mais a l'avantage de poser les enjeux clairement dès le départ : un homme seul n'est rien, il doit s'organiser en groupe et collaborer pour avoir un semblant d'importance, tirer parti des qualités de chacun au sein d'un groupe qui forme alors une masse organique polyvalente, qui s'adapte tant bien que mal à son environnement, aussi hostile soit-il, afin d'essayer de survivre à tout prix.
|
Or, l'homme n'est pas que raison, il est également animé de peurs infondées et d'émotions contradictoires avec la logique, ce qui le mène clairement à sa perte dans "Cube". Ainsi, l'homme ne pourra probablement jamais s'émanciper de ses ambiguïtés fondamentales, et restera ainsi prisonnier du cube comme il est prisonnier du monde réel dans lequel il évolue : aussi seul que profondément dépendant des autres.
|
.....................................................................................................................................................TRAILER |
|
|
Fiche technique
|
|
Titre
|
"Cube"- (1999)
|
|
Réalisation
|
Vincenzo Natali
|
|
Casting
|
Nicole de Boer (Leaven)
Nicky Guadagni (Holloway)
David Hewlett (Worth)
Andrew Miller (Kazan)
Julian Richings (Alderson)
Wayne Robson (Rennes)
|
|
|
|
| Votez canard! |
|
|