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 | Encres sur toile Akira Kurosawa : 50 ans de carrière (1950-1965) Publié le 30/08/2007 par Xavier Chanoine | | Akira Kurosawa est le cinéaste nippon le plus populaire à travers le monde et les époques. Dans le haut du panier avec des cinéastes comme Kenji Mizoguchi ou Yasujiro Ozu, il signe ses films d'une touche humaniste sans nulle autre pareille dans le pan cinématographique nippon. Gros plan sur sa carrière. |
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Première Partie de la chronique => ICI
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Le bandit scrute sa proie du haut d’une colline, dans "Rashomon" |
« Quand j’ai tourné l’Ange Ivre, c’était la première fois que je pouvais travailler librement et en toute spontanéité sans avoir à tout penser et sans me fixer de limites. A l’époque, j’ai pu travailler comme je l’entendais, je me disais que j’avais enfin trouvé ma véritable vocation ».
Mais jusque là, le véritable succès à la fois commercial et critique viendra avec "Rashomon" en 1950, film traitant de la vérité sous des témoignages opposés et/ou en contradiction avec dans les rôles principaux, Toshiro Mifune et la belle Machiko Kyo, l’une des actrices les plus importantes du cinéma japonais classique avec Setsuko Hara (Ozu), Hideko Takamine (Naruse) et Tanaka Kinuyo (Mizoguchi). Elle jouera d’ailleurs six ans plus tard aux côtés de Marlon Brando et Glenn Ford dans "The Teahouse of the August Moon" de Daniel Mann. "Rashomon" marque pourtant une nouvelle étape dans la carrière du cinéaste puisqu’il recevra la distinction suprême à la Mostra de Venise en remportant le Lion d’Or, mais aussi l’Oscar du meilleur film d’étranger. C’est un peu grâce à "Rashomon" que Kurosawa recevra une reconnaissance mondiale à la fois pour ses talents de réalisateur, scénariste mais aussi de monteur. Il confiera à ses assistants réalisateurs, à propos du film :
« Le film est comme une étrange peinture sur rouleau que l’ego humain a déroulée et qu’il exhibe. Vous dites que vous ne comprenez rien à ce scénario, mais c’est le cœur humain, lui-même, qui reste incompréhensible ».
Ce brillant film s’imposera comme le plus récompensé venant du Japon et l’une des œuvres clés du patrimoine cinématographique nippon.
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La même année, Kurosawa tourne "Scandale / Shubun" et sa dénonciation virulente de la presse à scandale. Kurosawa règle en quelque sorte ses comptes avec la presse, laquelle le critiqua ouvertement suite à sa récompense à la Mostra de Venise pour "Rashomon" sous prétexte qu’il était «exotique».
Mais Kurosawa oriente son récit davantage vers la presse people en mettant en scène Toshiro Mifune dans la peau d’un peintre très célèbre pris en flagrant délit en compagnie d’une cantatrice. La presse rendra la séquence sulfureuse en faisant croire à une relation d’amour. Ce métrage mineur –sans pour autant être cinématographiquement mauvais- ne pèse pas bien lourd dans la filmographie du maître mais s’avère suffisamment riche pour marquer.
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Victime de sa propre faiblesse, "L’Idiot"
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La séquence de beuverie entre Takashi Shimura et Toshiro Mifune restera dans les mémoires pour son humanisme fort. En 1952, Kurosawa adapte l’un de ses écrivains préférés, Dostoïevski, avec "L’Idiot / Hakuchi" transposé à Hokkaido. L’idiot est ici joué par Masayuki Mori, acteur confirmé au curriculum vitae confortable (acteur chez Mizoguchi, Ichikawa, Imai, ou encore Naruse) lequel revient de Suisse après avoir suivi des traitements contre sa maladie mentale et s’installe dans une famille bourgeoise afin d’y semer la zizanie à son insu.
Mal réputé et massacré par la Shochiku lors de sa sortie (le studio coupa la moitié du film pour sa distribution sur le sol nippon), "L’Idiot" n’en est pas moins travaillé et surtout admirablement interprété par les figures emblématiques du cinéma japonais d’époque : Toshiro Mifune et Setsuko Hara en tête, laquelle est alors en au sommet de sa gloire chez Ozu, tournant la même année le sublime "Eté Précoce / Bakushu" |
Ce visage apeuré et gêné cache la bonté d’un homme… "Vivre" |
C’est en revanche en 1952, avec "Vivre / Ikiru", que Kurosawa s’imposera comme le vrai représentant du cinéma japonais en Occident. Ce superbe drame humaniste narre les mésaventures d’un chef de bureau qui apprend qu’il est atteint d’un cancer et qu’il ne lui reste plus beaucoup de temps à vivre. Pour donner un coup de boost à sa vie banale de salaryman, il décide de monter un projet, la construction d’un petit parc de quartier et de mettre tout son cœur à l’ouvrage malgré le poids de la mafia locale bien décidée à saboter son projet.
Si le film de Kurosawa bouleverse autant, c’est parce qu’il traite de thèmes universels, au-delà même des barrières et traditions nippones, ce portrait d’un vieil homme émeut parce qu’il fait preuve de sincérité et de recul. Kurosawa fait aussi prendre conscience de l’importance de ce bonhomme auprès de sa famille et amis qui pensaient le contraire. La puissance du récit n’a d’égal que la mise en scène et ses cadrages au cordeau, l’interprétation sidérante de Takashi Shimura et le score de Fumio Hayasaka (compositeur attitré de Kurosawa et Mizoguchi) contribuant à instaurer une forme de compassion que l’on ne trouvait pas dans le cinéma de Kurosawa.
La dernière image du vieil homme, seul et fredonnant un air sur sa balançoire en attendant la mort apporte autant de justification que de mépris pour ceux qui s’en sont moqués. Logiquement récompensé du prix Kinema Jumpo du meilleur film et de l’Ours d’Argent à Berlin. |
"Les sept samouraïs", prêts à en découdre avec les bandits de grand chemin
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L’un des plus gros succès critiques et commerciaux est bien entendu "Les Sept Samouraïs / Shichinin no samurai", réalisé en 1954 et l’œuvre la plus connue de son auteur à travers le monde. Superbe hymne humaniste et chant funèbre de tous les instants, solidaire mais aussi réaliste car dépeignant les conditions de vie des japonais dans l’actuel, transposées à l’époque des fiefs combattants durant l’ère Momoyama (16ème siècle).
Son nihilisme et son acceptation de la dure réalité (les valeurs humaines, bonnes ou mauvaises, restent des valeurs humaines) contribuent à la dynamisation d’un récit reposant sur l’action : rarement aura-t-on vu pareil film épique notamment par son montage extraordinaire, sa composition offrant de grands rôles aux ténors du genre que sont Takashi Shimura, Minoru Chiaki, Daisuke Kato ou encore Toshiro Mifune, son budget colossal dépassant le million de dollars (alors le plus grand budget jamais confié pour un film japonais) offrant alors les pleins pouvoirs à Kurosawa dans son entreprise de création d’un mythe, fruit d’un travail étalé sur un an. Doit-on aussi rajouter que la pluie s’abattant lors de la scène finale n’est que purement artificielle ?
Récompensé d’un Lion d’Argent à la Mostra de Venise et de l’Oscar du meilleur film étranger, "Les Sept Samouraïs" est entré dans la légende. Mais le plus intéressant dans l’œuvre intégrale de Kurosawa, c’est cette manière de varier son style et ses idées. Kurosawa n’est pas qu’un cinéaste de chambara, sa polyvalence fait sa force, (comme avec "Vivre dans la Peur / Chronique d’un Etre vivant / Ikimono no kiroku" et son industriel Nakajima obsédé par la menace de la bombe atomique). Le cinéaste tire la sonnette d’alarme et s’avère avant-gardiste dans sa manière d’exploiter la peur. Une peur due à l’environnement des suites de la bombe atomique d’Hiroshima/Nagasaki, et son principal interprète, l’inépuisable Toshiro Mifune, de vouloir quitter le pays quitte à mettre le feu à son entreprise pour forcer sa famille à le suivre. Le constat est amer, et c’est bien le seul point que l’on retiendra de l’œuvre de Kurosawa puisqu’il ne peut soutenir la comparaison avec ses œuvres antérieures dans pratiquement tous les domaines.
Notons tout de même le look de Toshiro Mifune, repris à l’identique par Coppola pour le personnage de Renfield dans "Bram Stoker’s Dracula", et Coppola de devenir dans les années à venir l’un des supporters de Kurosawa. |
Trop de pouvoir tue le pouvoir dans "Le château de l’Araignée" |
Il faudra attendre 1957 pour que Kurosawa adapte Shakespeare. Objectif, transposer l’univers de Macbeth dans le Moyen Age japonais avec "Le Château de l’Araignée / Kumonosu-jo", œuvre sur le parfum du pouvoir et de la corruption. Le cinéaste opte pour des solutions visuelles jusque là inédites du fait de ses précédentes réalisations qui misaient tout sur le réalisme au détriment d’une note fantastique. Cette bouffée d’air frais constitue l’un des tournants dans l’œuvre de Kurosawa aussi bien au niveau des thématiques (Macbeth étant une légende) que des audaces formelles : spectres, forêt vivante au sens propre et nappes de brouillard concoctées par Asakazu Nakai, rappelant l’enfer. L’une des plus célèbres séquences du cinéma japonais reste bien sûr l’attaque des troupes de Washizu sur lui-même, dépassé par ses propres ambitions.
A l’instar d’un Mizoguchi travaillant grandement sur des adaptation littéraires, Kurosawa adaptera pour son film suivant la pièce de théâtre de Maxime Gorki, "Les Bas-Fonds / Donzoko". Dans ce film particulièrement étouffant (un seul et unique cadre), nous suivons les errances d’un groupe de clochards et leurs états d’âme. La mise en scène, stricte et très théâtrale (là où les longs plans rappellent le travail de Mizoguchi), les rapports humains et les aléas de la vie, la survie tout simplement.
L’un des points les plus intéressants réside dans la musique de Masaru Sato intégralement jouée par les comédiens eux-mêmes qui en font une jolie démonstration en fin de métrage. Cette séquence, bouleversante car festive contraste avec les conditions de vie délicates de ses occupants jusqu’à la mort d’un des leurs et cette phrase de nous transpercer le cœur « Quel dommage ! Juste quand la fête allait commencer ». "Les Bas Fonds" résonne alors comme une musique sans espoir et c’est pour cela qu’il s’avère l’un des Kurosawa les moins accessibles. |
Deux silhouettes inquiétantes, des "Salauds dorment en paix" |
Nouveau tour de force en 1958 avec "La Forteresse Cachée / Kakushi toride no san akunin" et sa parodie gracieuse du film d’aventure. Rôle taillé sur mesure pour Toshiro Mifune, étalage de gueules inoubliables (le sous-estimé Minoru Chiaki entre autre), parabole virulente sur le pouvoir de l’argent et conflits des clans. A vrai dire, rien qui ne différencie grandement le film de l’œuvre générale de son auteur, mais le petit plus d’ensemble (non pas Toshiro Mifune en slip) demeure bien entendu l’aspect road moviesque et les nombreux moments de bravoure filmés en Scope. Certaines séquences, dont une confrontation à cheval, respirent un certain aboutissement formel.
Lion d’Argent et Prix FIPRESCI au Festival de Berlin. Sans forcément délaisser la partie visuelle de son œuvre, Kurosawa fustige la société nippone avec son film suivant, "Les Salauds dorment en paix / Warui yatsu hodo yoku nemuru", brûlot contre la corruption. La longue séquence d’introduction, brillante car faisant abstraction d’un certain sens du rythme, installant de surcroît un malaise palpable, met en scène une cérémonie de mariage entre la fille d’Iwabuchi, vice-président d’une société, et l’un de ses secrétaires. Cet évènement sensé être une fête, tourne rapidement aux règlements de compte puisqu’une discussion s’envenime autour d’un suicide d’un salarié. Une enquête ne va pas tarder à s’ouvrir autour de ce sujet et au héros de l’histoire (Toshiro Mifune) de se rendre compte que son père est la victime.
La question du suicide est un des fils conducteurs des "Salauds Dorment en Paix", et dans une séquence mémorable où Toshiro Mifune tente de raisonner un ancien salarié prêt à se suicider, ce premier insiste sur le fait que « même les vaches et les porcs sont tués plus humainement ». S’il n’est pas le Kurosawa le plus accessible du fait de sa longueur importante et de son absence totale de rythme (ce qui faisait la force de "La Forteresse Cachée"), cette rupture de style autour de l’œuvre de Kurosawa (son dernier polar en date, "Chien Enragé", demeurait bien plus raisonnable dans ses intentions, pas loin du polar de commande pour les comptes de la Toho) est due à la férocité du pamphlet politique, économique et social. Pour la petite note d’intention, il est à noter que le titre original "Warui yatsu hodo yoku nemuru" se traduit littéralement par « Plus on est salaud, mieux on dort ». Le film est aussi connu pour son exploitation sous le titre de "Les Salauds se portent bien".
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Du haut de son échelle, "Yojimbo" apprécie le spectacle… |
En 1961, Kurosawa tourne un film fondateur (aussi bien pour le cinéma local qu’européen) qui engendrera d’innombrables copies de qualité variable par un cinéaste comme Hideo Gosha, l’un des bons représentants du genre avec notamment sa série des "Kiba", qui ne connu pas de succès et qui s’arrêta à deux opus.
Ce film n’est autre que le célèbre "Le Garde du Corps / Yojimbo", intéressant dans sa démarche de désacraliser ses propres héros (qui ne le sont pas véritablement) et de voir comment deux factions opposées peuvent se mettre sur la gueule, sous le regard amusé d’un Toshiro Mifune plus cowboy que jamais. Il est à noter que Sergio Leone reprendra la trame intégrale de "Yojimbo" pour son "Pour une poignée de dollars" réalisé 3 ans plus tard, sans pour autant créditer Kurosawa et Kikushima au scénario. S’il s’avère amusant et plutôt bien rôdé (casting composé entre autre de Takashi Shimura, Daisuke Kato, Susumu Fujita ou encore Tatsuya Nakadai dans le rôle d’un bandit de première), il ne délaisse en rien son aspect formel, rigoureux voir même exigeant, parfois en raccord avec le néoréalisme italien (même si son origine reste encore en doute puisque la célèbre écrivaine Luisa Prudentino dira qu’il provient de Chine et non d’Italie) et le pittoresque du théâtre Guignol. Son petit frère, "Sanjuro", reprendra dans les grandes lignes la même thématique que "Le Garde du Corps" (huis clos, grand penchant pour le comique de situation, rigueur esthétique) un an plus tard, en y instaurant cette fois une vague histoire politique avec le démantèlement d’une entreprise de corruption.
"Sanjuro", admirable comédie chambaresque, vaut surtout pour son incroyable séquence finale, peut-être du jamais vu dans un chambara traditionnel (les chambaras de Eichi Kudo, d’Hideo Gosha ou de Masahiro Shinoda sont bien entendus gores, mais aucun n’avait eu l’idée d’une telle audace visuelle et "Samourai" d’Okamoto arrivera deux ans plus tard). Ceci dit, il n’est jamais question de tradition ou traditionalisme exacerbé chez Kurosawa, a contrario de la rigueur d’un Misumi (artisan de l’image) ou du savoir faire vieillot mais automatiquement touchant d’un Ozu (cinéaste des mœurs), et cette absence de cinéma traditionnel trouvera un échos avec "Entre le Ciel et l’Enfer / Tengoku to jigoku" réalisé l’année d’après. |
Chantage au téléphone, dure épreuve pour l’industriel de "Entre le Ciel et l’Enfer" |
Considéré comme l’un des plus grands thriller de tous les temps, Kurosawa s’inspire d’un roman de Ed McBain pour conter une nouvelle approche du polar classique : comme un vieux fait divers (les enlèvements d’enfants de riches industriels étaient monnaie courante), il est ici question de kidnapping et de rançon d’un riche chef d’entreprise. Kurosawa jugeant souvent la véritable valeur de l’Homme pose ici une question délicate : garder son argent durement gagné pour la survie de son entreprise ou respecter la rançon du criminel pour sauver la vie du fils de son majordome (et ainsi, se combler de dettes) ? Car le riche industriel présenté (Toshiro Mifune) se pose davantage de questions en apprenant que ce n’est pas son fils qui est captif.
Au départ il ne réfléchit pas une seule seconde pour signer un chèque, mais lorsqu’il apprend que ce n’est pas son fils, la réflexion est de mise. L’argent aurait-il plus de valeur qu’une vie ? N’est-ce pas une certaine forme d’égoïsme ? Le thème traité par Kurosawa a le mérite de poser les bases d’une intrigue extrêmement riche par la suite et dotée d’un suspense intense comme lors de la séquence du train, où la police (menée par Tatsuya Nakadai) et Mifune ont rendez-vous avec le criminel pour accéder à sa requête ou lors de la première moitié du film se déroulant dans l’appartement. A couper le souffle, magnifié par une mise en scène tirant intégralement partie du format Cinémascope (trois caméras tournent en même temps, placées à des endroits différents), il était question un temps d’un remake de Martin Scorsese qui le vénère. |
En toute intimité avec les histoires de cœur d’un mourrant…"Barberousse"
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Que dire aussi de son œuvre suivante, "Barberousse / Akahige", peut-être son meilleur film ou tout du moins la plus abouti dans tous les domaines. Dernier film en noir et blanc de son auteur et véritable rupture avec son cinéma passé (l’après "L’Ange Ivre"). Kurosawa confiait à Donald Richie « Que vais-je faire maintenant ? » surtout que la Fox commençait à lui faire les yeux doux pour le projet "Tora ! Tora ! Tora !" sur Pearl Harbor, projet qui tournera vite au vinaigre du fait du manque de respect de la part du studio et des conditions de tournage plus que suspectes. Kurosawa quittera le studio seulement trois semaines après le début du tournage (les plans ne seront pas gardés pour le montage final). C’est aussi cette rupture après "Barberousse" qui poussera Kurosawa à passer à la couleur.
Véritable tournant et sans doute pièce maîtresse, "Barberousse" narre les aventures d’un jeune médecin envoyé dans un hôpital rural pour assister un vieux briscard adepte des vieilles méthodes. En y regardant de plus près, "Barberousse" pourrait être une œuvre parfaitement autobiographique, un vieil auteur (Kurosawa) pas convaincu d’aller de l’avant (et rejoindre la «nouvelle vague» menée par Oshima, Masumura et [/i]Shinoda[/i]), adepte des vieilles recettes et d’un respect pour l’âge d’or du cinéma nippon (de sa création jusqu’à 1959) de peur qu’il ne bascule vers le commercial ou le facile. Et si Kurosawa pouvait paraître quelque peu réactionnaire (à l’heure où les cinéastes prolifiques enchaînaient films sur films) c’est parce qu’il apportait un soin tout particulier à son œuvre : deux ans de tournage, conditions météorologiques naturelles (point de neige artificielle, il fallait attendre l’hiver) et conditions de tournages archaïques.
Le prix de tout cela ? Des récompenses à travers les festivals (deux récompenses à Venise, prix Kinema Jumpo du meilleur film et du meilleur réalisateur, nomination aux Golden Globes…) mais aussi de cruels points noirs comme la fin d’une complicité avec son acteur fétiche Toshiro Mifune qui n’aurait pas supporté d’être uniquement sous contrat d’exclusivité avec Kurosawa pendant deux ans et être dépourvu de séquences d’action (hormis la seule et unique mémorable présente dans le film où ce dernier fracasse bras et jambes). Mifune l’héroïque, le justicier, le samouraï implacable, pas le vieux médecin colérique. Le rôle lui va pourtant à merveille et à "Barberousse" de faire preuve d’humanisme lorsqu’il confronte sous un même toit la maladie et la bonté. Il est alors question de compassion et de bonté humaine, sous forme de théâtralité (un cadre unique), menée par des interprètes touchants sans être des héros.
Le thème de la persévérance est aussi traité, comme dans cette séquence majestueuse où Barberousse donne une cuillerée de sirop à l’enfant récupérée des bordels, qui la refuse une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, pour finalement l’accepter et en avoir honte. Et puis dire que la mise en scène est parfaite, relève du pléonasme. "Barberousse" c’est plus qu’une rupture, c’est une montagne infranchissable, et si Kurosawa parviendra à renouveler sa maestria au fil des ans, jamais il n’atteindra la superbe de ce dernier.
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- "Le cinéma japonais"
Un livre de Donald Richie
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Bonus du dvd "Les 7 samouraïs" (collection "Les films de ma vie")
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- "Autour de Kurosawa"
Documentaire par Adam Low
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| Votez canard! |
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