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 | Le pavé dans la mare L'Echiquier du Mal Publié le 16/11/2007 par Caramia | | 'Ils ont le Talent. Ils ont la capacité de pénétrer dans notre esprit pour nous transformer en marionnettes au service de leurs perversions et de leur appétit de pouvoir. ' |
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« L’Echiquier du mal tentait
d’examiner ce problème du mal
inhérent au pouvoir dans ce siècle,
d’une perspective éminemment
historique à une perspective absurde,
et jusqu’à une perspective
très personnelle. » |
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Difficile de résumer en quelques lignes une intrigue aussi complexe que celle de L’Echiquier du mal. Non seulement le livre est dense - plus de 1000 pages, un roman-fleuve digne d’une des meilleures oeuvres de Stephen King – mais la multiplication des personnages rend la tâche ardue.
L’Echiquier du mal parle avant tout de Pouvoir.
Le pouvoir paranormal de certains êtres, les vampires mentaux, exercent sur les autres. Un pouvoir terrifiant, le Talent, qui leur permet de soumettre à leur volonté n’importe quel être vivant, à l’exception près de quelques rares « Neutres ». Une poignée de personnes, confrontées par hasard à ces êtres (forcément malfaisants, il n’y aurait pas d’histoire dans le cas contraire) décide d’enquêter... et d’intervenir.
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Les personnages
Dan Simmons est un grand conteur, doublé d’un fin psychologue. La galerie très fournie des personnages de l’Echiquier du Mal en est la preuve. Chacun, quelle que soit son importance dans l’intrigue, est finement décrit et apparaît comme d’autant plus présent aux yeux du lecteur. On peut les classer en trois groupes.
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Les résistants
Dénués de Talent, le plus souvent victimes,
ils décident cependant de s’organiser,
d’enquêter, et d’agir, au péril de leur vie.
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Saul Laski dessiné par Dan Simmons
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Saul Laski
Psychiatre, auteur d’un livre ("La Pathologie de la violence"), Saul est surtout marqué par son histoire personnelle de juif rescapé des camps de la mort. C’est en 1942, au plus fort de la Seconde Guerre Mondiale, qu’il rencontre à Chelmno un Oberst (un Colonel allemand) doté du Talent qu’il va exercer sur lui. Utilisé comme pion lors d’une partie d’échecs entre les nazis, il survit mais va consacrer le reste de son existence à traquer son tortionnaire.
Natalie Preston
Après le meurtre de son père lors d’un affrontement entre deux vampires mentaux, cette jeune étudiante afro-américaine s’associe à Saul. Courageuse, intelligente, elle ira jusqu’au bout de sa quête de vengeance, quitte à risquer sa vie.
Bobby Joe Gentry
Gentry est le shérif de Charleston, la ville où Simmons place la scène d’ouverture de son roman. Charleston est le théâtre d’une série de meurtres bizarres et inexpliqués, conséquence d’un règlement de comptes entre deux des vampires mentaux. Amateur de polars et de romans fantastiques, le shérif, doté d’une ouverture d’esprit peu commune, va s’associer à Saul et Natalie.
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Les vampires Old Style
Le trio s’est connu à Vienne et a développé
une relation d’amitié et de concurrence.
Ils Utilisent les gens pour leur propre plaisir
et les Festins leur permettent de rester jeune.
Mais la situation va se détériorer lorsque
l’un d’entre eux décide de quitter le Jeu.
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Willi Borden, vu par Dan Simmons
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William Borden, alias Wilhelm von Borchert
Willi – même s’il a horreur de ce surnom – possède le Talent depuis fort longtemps, et l’exerce au moins depuis la Seconde Guerre Mondiale. C’est donc lui le triste Oberst de Saul. Disparu après la guerre, il s’est lié avec deux femmes possédant le Talent, Melanie et Nina, et a trouvé refuge aux Etats-Unis et est devenu producteur de films.
Melanie Fuller
Son Talent est plus avancé que chez ses confrères puisqu’elle est capable de manipuler les esprits sur de très longues distances. Amie de Willi et Nina, elle est victime au début du roman d’une attaque menée par Nina dont elle ressort très fragilisée...
Nina Drayton
La séductrice du trio... Manipulatrice et grande amatrice du Jeu qu’ils pratiquent tous les trois – une compétition où chacun utilise son Talent pour Festoyer, comprendre commettre des meurtres – elle décide d’utiliser le majordome de son amie pour la tuer. Mal lui en prend puisque non seulement Melanie va en réchapper, mais elle va réussir à l’atteindre et la tuer.
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Les Vampires nouvelle génération
Au-delà d’un simple loisir pervers,
le Talent leur a permis d’asseoir leur pouvoir,
qu’il soit politique ou économique.
Cette élite décadente a fondé un club,
le Island Club, prétexte à des chasses
à l’homme récurrentes entre grands de ce monde. |
Et enfin Barent, toujours illustré par Simmons
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C Arnold Barent
Le Talent du Président du Island Club semble sans limite puisqu’il réussit également à s’emparer de la volonté des Neutres et de ses congénères. L’homme d’affaires joue au même genre de jeu que le trio viennois, mais à l’échelle planétaire, avec des nations entières pour pions.
Tony Harod
Le producteur de cinéma, associé de Willi, n’utilise sont Talent que sur des femmes, et le plus souvent pour les soumettre à ses caprices sexuels. Ce qui ne l’empêche pas de n’être qu’un pion, certes consentant, entre les mains de Willi et de Barent.
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Les personnages secondaires :
la liste est longue...
Les Neutres accompagnant des gens de Talent :
Maria Chen, l’assistante de Tony Harod, Richard Haines, agent spécial du FBI à la solde de Barent.
Les Gens de Talent de second plan :
Charles C Corben, agent spécial du FBI, Joseph Philip Kepler, consultant médiatique et ex ponte de la CIA, James Wayne Sutter, homosexuel et révérend prédicateur, et Nieman Trask, homme de main de Barent et conseiller politique.
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Sutter esquissé par Simmons
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Les assistants manipulés par les Gens de Talent :
Barrett Krammer, l’assistante de Nina, Jensen Luhar et Tom Reynolds, les hommes de main de Borden.
Les victimes :
Elles sont très nombreuses... Anne Bishop, Shayla Berrington, le Docteur Hartmann, Vincent Pierce, Justin Warden....
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Le Talent
« Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités »
Ce conseil, un peu caricatural, un peu théâtral aussi, donné à Peter Parker (Spiderman, je sais, rien à voir) par son oncle, il est clair que nos vampires psychiques ont décidé de ne pas le suivre. Ils utilisent leur Talent à des seules fins personnelles et ne s’embarrassent guère de préoccupations morales.
Les conséquences de leurs abus ? Pas leur problème. Les victimes ? Quantité négligeable. Avec une absence totale de morale et une cruauté sans borne, ces personnages abjects obéissent à leurs propres motivations. Ce n’est pas un hasard si l’un d’entre eux, le plus vieux, est un ancien nazi. Comme il le dit avec cynisme « Le Pouvoir est la seule morale ».
Dans le livre, seuls les gens sans Talent sont garants de la morale. Des gens de rien, des anonymes, alors que les grands de ce monde festoient allègrement. Dan Simmons brosse avec brutalité le portrait d’une élite décadente, d’un monde cruel et sans âme, d’une société américaine pervertie. Car c’est bien de perversion du pouvoir dont il s’agit.
Dans d’autres histoires – Heroes, X-Men, Superman et consorts, choisissez votre camp – les gens dotés de Talent se seraient consacrés au Bien collectif. Avec certes des doutes, des interrogations, voire des traîtrises à la cause... Pas dans l’univers de Dan Simmons.
Chacun profite sans vergogne de son petit pré carré, de son petit bout de pouvoir. C’est dur, à la limite de l’insoutenable. Mais c’est la réalité.
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L’histoire dans l’Histoire
Dan Simmons ancre son récit dans l’histoire contemporaine. Le prologue se passe dans un camp de concentration, pendant la Seconde Guerre Mondiale, et le récit se déroule au cœur de l’Amérique des années 80.
Il n’hésite pas à faire intervenir des personnages historiques et des événements avérés : vétérans de la guerre du Vietnam, prédicateurs, guerre des gangs, Khomeini, Carter, Wiesenthal, John Lennon et Lee Harvey Oswald. Mais le tout reste discret, Simmons ne cherche pas à nous donner une leçon d’histoire, il veut avant tout rentre son roman plus réel, plus concret.
Ce qui lui permet également d’aborder des sujets qui lui tiennent à cœur : la corruption du pouvoir bien entendu, mais également le racisme et l’intégration sociale, l’omniprésence de la violence, les clivages sociaux. Pour ce faire, il use habilement de son intrigue et parle par la bouche de ses personnages. Du grand art... Car à aucun moment le récit ne souffre des idées véhiculées, l’action et le suspense restent au cœur du livre.
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Une construction originale
Le titre original du roman, Carrion Comfort, est la reprise d’un vers de Hopkins, un poète britannique du 19ème siècle. |
Traduction littérale et fort imagée : Putride réconfort, tout un programme. Les trois premiers vers du poème sont d’ailleurs cités en ouverture l’œuvre.
Une fois n’est pas coutume, la traduction française du titre vient fort à propos. L’échiquier est en effet la pièce maîtresse de l’œuvre : on la retrouve dans l’expérience traumatisante vécue par Saul, petit pion de l’Oberst utilisé sur un échiquier grandeur nature, et dans l’échiquier mondial utilisé par les élites dotées du Talent.
Mais la construction même du récit fait référence à un jeu d’échecs : les trois parties qui composent le récit font écho à des phases de jeu : Ouverture, Milieu de partie, Finale. Une structure originale qui porte le souffle de l’œuvre, jusqu’à l’épique.
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Un rival de Stephen King
Ils ont le même âge,
et des points communs troublants...
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Chacun est reconnu comme un maître dans son domaine, l’horreur pour S King, la SF pour D Simmons – des genres souvent mésestimés, voire méprisés.
Et à l’instar de King qui a tenté des incursions dans d’autres genres (policier, contes, essais), Dan Simmons est également auteur de romans d’horreur. Tous les deux ont connu une ascension fulgurante : si Simmons s’est mis tard à l’écriture, son oeuvre a été largement primée.
L’Echiquier du mal a ainsi reçu plusieurs prix littéraires : le British Fantasy du meilleur roman fantastique en 1989, le Bram Stoker du meilleur roman fantastique et d’horreur en 1990, et le Locus du meilleur roman d’horreur en 1990. Des récompenses largement méritées...
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BIBLIOGRAPHIE
Les chants d’Hyperion
Hyperion – 1989
La chute d’Hyperion (The fall of Hyperion) – 1990
Endymion – 1996
L’éveil d’Endymion (The rise of Endymion) – 1997
Ilium
Ilium – 2003
Olympos – 2005
Joe Kurtz :
Vengeance (Hardcase) - 2001
Revanche (Harde Freeze) – 2002
Une balle dans la tête (Hard as nails) – 2003
Autres livres :
Le chant de Kali (Song of Kali) – 1985
L’échiquier du mal (Carrion comfort) – 1986
Les larmes d’Icare (Phases of gravity) – 1989
Nuit d’été (The summer of night) – 1991
Les fils des ténèbres (Children of the night) – 1992
L’homme nu (The hollow man) – 1992
L’amour, la mort (Lovedeath) – 1993
Les feux de l’Eden (Fires of Eden) – 1994
Le Styx coule à l’envers – 1997
Les forbans de Cuba (The Crook factory) – 1999
L’épée de Darwin (Darwin’s blade) – 2000
Les chiens de l’hiver (A winter Haunting) – 2002
The Terror – 2007
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