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Puscifer - "V is for vagina"
Publié le 20/05/2008 par Makabe
'Vulves en chaleur, blagues libertines, tohu-bohus équilibrés et autres espiègleries incontrôlables, l’énergumène du calcul arythmique embarque en cavalier seul à bord du vaisseau en destination des contrées de l’expérimental et de l’étrange… Welcome on the Vagina Airlines !! '






Puscifer

"V is for vagina"

(2007)




Liaison tumultueuse entre un vagin et le seigneur des enfers, Puscifer, un hybride sonore échappé des cuisses fertiles d’un chanteur non-conformiste, suit les traces de ses aînés et tâtonne une fois n’est pas coutume les derniers neurones des fanatiques d’alternative.

Terminées les orgies bibliques du mathématicien Jones ainsi que les révolutions mélancoliques de l’anti-militariste Howerdel, le maestro de la vocalise aérienne grave à jamais dans son esprit les instants fondamentaux d’un univers mystérieux afin de se lancer dans une nouvelle péripétie incertaine. Une quête annexe aux allures déroutantes ayant pour but de redonner vie à une musique en décomposition et en proie à la régression.

Le pubis de l’enfer, entouré d’une belle brochette de concertistes, bienfaiteur de la mélodie, tente d’accomplir sa triste destinée. Un justicier énigmatique surgit alors de la nuit, courant vers l’aventure et la création, son nom, il le signe à la pointe de son orgueil, d’un V qui veut dire Vagina…




Né en Avril 1974, dans les contrées de l’Ohio, Maynard James Keenan, James Herbert Keenan de son statut civil, est surtout connu pour ses nombreuses performances phoniques, scéniques et créatives. Ironiquement étudiant à l’école militaire de West Point puis diplômé du prestigieux Kendall College of Art and Design dans le Michigan, où il a exploré les profondeurs de l’Art, James s’essaye à la musique afin de mettre ses acquis et ses envies en pratique.

Children of the Anachronistic Dynasty et, plus tard, TeXans sont ses premiers méfaits en tant que musicien. A cette époque, en 1980, il n’a alors que des notions de Lyrisme, et pourtant le personnage montre déjà une vison assez spéciale de ses idées et un léger aperçu de son talent qui fera de lui l’un des chanteurs incontournables de la scène électrique.

Deux groupes sans avenir, message d’une œuvre future aux succès complexe.

L’œuvre en question est un Rubik’s cube tapageur du nom de Tool. Une chimère timbrée, engendrée par les consciences abstraites de Maynard et Adam Jones au début des 90’s.







Tool






Tandis que le premier possède son lot de concepts brouillons, l’autre, ancien bassiste du groupe Electric Sheep, avec Tom Morello, l’actuel Che Guevara de la gratte de Rage Against the Machine et Audioslave, voue un culte acharné au "A joyful guide to lachrymology" de Ronald P. Vincent.

Un livre philosophique religieux porté sur l’évolution humaine à travers la douleur physique et morale.
D’ailleurs, histoire de garder une part de rêve, la «légende» veut que cet écrivain n’ait jamais existé et que la Lachrymology soit un pur fruit de l’imagination de Jones. Ceci étant, le split et ses théories incontrôlables permettent à MJK de s’imposer sur la scène des capilleux névrosés et ce, grâce, en grande partie, à son chant si particulier. Une maîtrise quasi parfaite d’une voix acrobate abondante de sensations.











C’est durant l’ère "UNdertow", deuxième gémissement de la doctrine Toolienne, que le nom "Puscifer" est utilisé pour la première fois lors d’une émission TV trasho-comique intitulée "Mr Show". Dans l’hystérique épisode "Ronnie Dobbs", Maynard et Adam y font une courte apparition en tant que membre d’un jeune groupe imaginaire, un combo fictif penché Punk/Hardcore aux vues de la ballade jouée dans l’épisode.

Malgré sa timidité, cette participation déclenche le début d’une longue lignée de guests dans moults courts, moyens et longs métrages. Un effet boule de neige qui va révéler son côté burlesque, voir même cartoonesque.




Ainsi, exemple parmi tant d’autres, le "Die eier von Satan" d’" Aenima", œuvre substantielle de Tool, affiche un dictateur allemand agressif vociférant un programme exutoire sur la recette du space-cake.

Une vision saugrenue et inévitable d’un Hitler prônant la défonce.
Le trip nébuleux de "Cuntry Boner", un des singles de Puscifer dans son état embryonnaire, est également une preuve de son humour décalé.
Keenan, surveillé par la charmante Paz Lenchantin, s’amuse à sodomiser les grandes stars de la country aussi bien vivantes que mortes.



Incontestablement un titre ironique de la part du chanteur. Un humour, donc, narquois qui se confirme avec A Perfect Circle, projet parallèle à Tool créé en 2000 par Billy Howerdel.

Sur l’album "Thirteenth step", le clip de "The Outsider", réalisé par Steven Grasse, se trouve être un épisode des "Bikini Bandits". Un clip tourné après la proposition de Keenan, lui-même accro à cette série culte portée sur le politiquement incorrect.






A Perfect Circle




On peut souligner son intérêt certain pour "Bikini Bandits", le chanteur ayant un rôle clé dans la video "Tool’s Maynard gets a call from the Bikini Bandits", disponible sur le site officiel des vilaines demoiselles. Ou bien encore la video promo du film "Bikini Bandits experience" dans laquelle Maynard crache sur les Français en les qualifiant d’homo, de bouffeurs de grenouilles et de ringards consommateurs de musiques franchouillardes.

Ici encore, on peut voir le ténor au sommet de l’autodérision toujours prêt à alimenter les nombreuses rumeurs le concernant.
La Palme d’or revient tout de même à Puscifer qui expose ses cocasseries de façon plus qu’explicite…








Si les deux premiers morceaux de Puscifer ne sont pas réellement ironiques dans le fond, le gothique "Rev 22 :20" et "The Undertaker", avec son ambiance indus mélodique, annoncent les multiples couleurs du side-project.

Insolites, bizarres, captivantes, les deux chansons, respectivement les BO de "Underworld" et "Underworld : Evolution", divisent et laissent perplexe un bon grand nombre de fans fascinés par les alléluias incontrôlables de Maynard.










Comme si le "Wings for Marie (pt 1)" de Tool était remixé par les soins d’un ouvrier spécialisé dans le clou de crucifix… Ce qui n’est pas tout a fait faux puisque Danny Lohner, ex-bassiste de Nine Inch Nails aux côtés de l’hyperactif Trent Reznor, a prêté main forte pour la réalisation des titres.

Toutefois, les amoureux de MJK en redemandent malgré son chant plus grave et posé. C’est grâce à internet que la magie va s’opérér. Puscifer n’était qu’un simple trip mais devant les pleurs incessants de ses fanatiques, Keenan trouve une opportunité pour exploiter le filon et ses idées farfelues.





Démastiquage, dope, fumette, SM, Dieu, grivoiserie & Rock’n’Roll !! Tout un programme !




Le projet prend alors une silhouette sarcastique et se transforme en objet promotionnel construit sur la «prostitution légale». Puscifer se fait de plus en plus présent sur la toile et on peut d’ores et déjà jubiler devant les innombrables photos commerciales où James et ses amis posent pour sa propre ligne de vêtements, arborant fièrement le signe de la Vagina-Coast.

Le but étant de faire de la promo avec un max de produits dérivés. La démarche est bien évidemment loin d’être innocente puisque Keenan s’attaque une fois de plus aux maisons de disques qu’il considère au même niveau que celui des macs depuis bien longtemps.




Dans ces conditions, Puscifer sort durant le mois d’Octobre 2007, un single, "Cuntry Boner", un EP, "Don’t shoot the messenger", et pour finir, un album, "V is for Vagina" dont le nom est un jeu de mots en rapport avec la BD d’Alan Moore et David Lloyd ("V pour Vendetta")

A première vue, "V is for Vagina" est des plus alléchants, et la liste des personnalités ayant participé au projet ne fait qu’embellir cette envie. Pourtant, beaucoup attendait un A Perfect Tool pompeux avec une pointe de fantaisie. Mais ce premier skeud est tout, sauf ce qu’il veut paraître être.

"V is for Vagina" est à la fois aux antipodes et aux frontières des deux précédents groupes et ce, malgré les ascendants majeurs présents sur ce disque. Néanmoins, MJK est en total contradiction avec ce qu’il a entrepris auparavant.

Puscifer est un projet irrationnel entièrement en décalage avec les essences d’A Perfect Circle et Tool.
Ambiance fumeuse, mystique et déroutante, "V is for Vagina" n’est qu’un voyage étourdissant au fin fond de l’esprit fructueux du chanteur…

«Etourdissant» est le terme exact pour définir ce «terrain de jeu spirituel». A la fois sensationnel par sa musique venant de tous les horizons, mais aussi, malheureusement, assourdissant et désordonné aux vues des textes, illustrations de ses voix intérieures, dont seul Keenan a les secrets. Au final, la partie la plus intéressante reste celle de la musique et des différentes réactions qu’elle suscite…
Et c’est justement grâce aux guests que l’album prend toute son ampleur, et prouve par la même occasion que Puscifer n’est pas vraiment un projet solo.

Parmi le crew des chattes des abîmes, se distingue quatre musiciens talentueux : Tim «Herb» Alexander, Danny Lohner, Brian «Lustmord» Williams, et Maynard James Keenan lui-même…
A eux quatre, ils (dé)composent "V is for Vagina" en plusieurs parties où les genres, propres à leurs maîtres, s’emmêlent dans une spirale énigmatique sonore :







Tim «Herb» Alexander : Rythm & Blues !
Accompagné de son ami, ancien batteur de Primus, Keenan ouvre le bal avec un "Queen B" baroque au son lent et caverneux. "Queen B" s’apparente à un indus sous morphine dans laquelle les mélodies des refrains renvoient aux déhanchements fêlés des petits «pions» du clip. Une video stupéfiante nageant dans la volupté et le salace.

Elle montre une scène de soumission imagée à travers une partie d’échec endiablé. Les soldats, sous les traits bouffon du chanteur, jouent les dominés, les reines, antithèses des diablesses sexy de MTV, endossent les fonctions de dominatrices et les rois, abusés sauvagement à grands coups de lattes dans les bourses, incarnent une position digne de leur accoutrement en latex noire.


Loin d’un démarrage en trombe, l’acolyte d’Adam Jones ne chante plus, il parle d’une voix grave, lourde et envoûtante sur les scansions d’Alexander. D’ailleurs, n’y a-t-il point une ressemblance avec les clips videoludiques de Primus ? Sans aucun doute et Tim Alexander n’y est certainement pas pour rien dans ce titre bien groovy…

Plus loin, la collaboration continue sur le titre "Sour grape". Une messe religieuse animée par un prêcheur hystérique au discours singulier. Rythmique et chant black à l’appui, MJK, dans le rôle du padre en improvisation méconnaissable, vocifère son culte sur la simplicité de mépriser les choses inaccessibles telles que Dieu. L’évangile selon Maynard sur un fond de gospel angélique: "It's always gonna be sour grapes with you, boy, until you get right with Jesus."

Puscifer est guidé par la voix du Christ et pourtant le crew a le diable au corps…







Danny Lohner : Esclave hurlant crucifié…

Une touche de gothisme dans cet univers extravagant…
Bien que Puscifer soit un laboratoire à expérimentations acoustiques, la participation de Danny Lohner lui permet de retourner dans un lyrisme proche de celui d’A Perfect Circle.

"Rev 22 :20" et "The Undertaker", rescapés des bandes originales produites par Danny Lohner, s’inscrivent tous deux dans un registre harmonieux et mélancolique. "The Undertaker", évoque la fin tragique d’une liaison amoureuse, l’un faisant culpabilisé l’autre par des mensonges.

Texte personnel ? Là encore, Maynard use de son doigté exceptionnel afin de faire avaler cette pilule déprimante, avec un chant amplis d’effervescence rappelant vaguement celui de "Rose" d’APC. Toutefois, le son electro/rock qui s’évapore de "The Undertaker" sent le déjà entendu et on ne peut s’empêcher de penser à du Nine inch Nails. Et pour la bonne et simple raison qu’aux crédits du morceau on retrouve Danny Lohner, Alessandro Cortini mais aussi Alan Moulder… Tous ayant eu une relation intime avec le combo de Trent Reznor.

C’est en clôturant "V is for Vagina", assis sur un piano ténébreux avec un verre de martini à la main, que vient s’ajouter un fragment original dans le puzzle musical…

Nettement plus cafardeux, enfumé et jazzy que son prédécesseur, "Rev 22 :20" s’offre les bons et loyaux services d’une star internationale : Milla Jovovich ! Difficile à croire et pourtant l’actrice, qui n’est pas à son coup d’essai, touche à la chansonnette. Sur ce dernier titre, elle n’est pas en featuring mais bel et bien en soutient atmosphérique dans le but d’accentuer et de maintenir une ambiance sombre, mystérieuse et gothique. "Rev 22 :20" se la joue piano-bar et clôture ainsi de façon dramatique "V is for Vagina".






Brian « Lustmord » Williams : King of sexual dark ambient.
Ce « meurtrier sadique » a, par le passé, déjà travaillé avec Maynard. Sur le "10,000 Days" de Tool, «Lustmord», habitué aux genres indus, indé et alternative, a participé à la conception du titre incomplet "10,000 Days (Wings Pt2)".

Il est à l’origine des bruits météorologiques présents tout le long de la chanson dédiée à la mère de Keenan, Marie Judith Garrison. On peut imaginer qu’il est aussi le géniteur de "Viginti Tres" (le chiffre 23 en latin). Ses antécédents, d’un point de vue musical et culturel, allant dans la même direction que cette hypothèse sur ce nombre considéré comme occulte.


Adepte neutre de l’Eglise de Satan et source créative d’un genre, le Dark Ambient, Brian Williams revient aux côtés du frontman de Puscifer et offre une belle petite palette de tracks moroses.

Le très old school "Dozo" s’exhibe en grand et en couleurs dans un domaine plutôt clair. Le clip, au visuel très critique envers la société américaine, montre une éthique néfaste, à l’état excessif, imposée (in)directement par le gouvernement ricain. Un blâme accentué par les discours énigmatiques de Keenan, supporté via une ambiance obscure et sexuelle signée Brian «Lustmord» Williams.

Les cris de jouissance de "Dozo" terminés, "Drunk with power" reste dans la sombre attitude. Ce cinquième titre est un véritable amalgame sonore alternant plusieurs instruments totalement différents les uns des autres : Piano, batterie, harmonica, synthé, ordinateur, table de mixage et autre cousin du xylophone. "Drunk with power" se démarque à tout point de vue et notamment grâce à ses paroles, parfaites matérialisations des voix intérieures.

Quant au dernier morceau co-réalisé avec Lustmord, "Trekka", il tape tout aussi fort dans le mysticisme. Faisant certainement référence aux morales militaires, les deux compères allient sans complexe chants amérindiens, chers à Maynard, et chants typés new-age sur une couche de samples remixés à l’occasion par Sean Beaven. Le cocktail retourne les tripes et mérite les louanges malgré ses liens de parenté avec les sonorités d'un "10,000 Days". Néanmoins, il n'est pas le seul...






Maynard James Keenan : El Maestro !

Avec plus d’univers à explorer, plus de résonances pragmatiques, plus de variations lyriques, "V is for Vagina" ne ressemble à rien de ce qui a été fait auparavant. Et même si, paradoxalement, on peut lui reprocher de chatouiller à plusieurs reprises les ambiances d’un "Intension" ou d’un "Lipan Conjuring" de Tool, MJK a su façonner des éléments déjà existant avec une finesse exemplaire.

Les traits d’une journée monotone, conditionnée par un triste quotidien, dessiné sur "Vagina Mine " auraient pu figurer sur un des albums subjectifs de Tool. Ses origines amérindiennes laissent entendre l’esprit du jeu déstructuré de Justin Chancellor, digne bassiste de Tool, calmant les ardeurs lyriques d’un MJK complètement stone.

Un titre limite chamanique dans la même veine du "Lipan Conjuring" cité précédemment…"Indigo Children" n’échappe pas à la règle et laisse presque entendre une œuvre copier/coller.

Et pourtant la ballade, résultat d’une après bombe EPM, nage dans les profondeurs d’un electro vibrant de sincérité, loin des spasmes psychiques du sorcier de "Lipan Conjuring"…
… Et oui, la comparaison avec Tool est quasi omniprésente. Cependant, toute la subtilité du Projet, car à ce stade on peut lui mettre un grand «P», réside dans ses similitudes avec la machine intellectuelle de Jones. Non pas parce qu’il réutilise des sons mais parce qu’il les remodélise à sa manière afin d’en faire quelque chose de totalement différent. Ici, l’approche spirituelle n’est plus, ici on fait dans le matériel électrique bien vivant.

Mais le chanteur d’A Perfect Circle a également d’autres atouts dans sa manche comme le démontre "Momma Sed". Textuellement difficile à cerner, ce quatrième morceau est entouré de points d’interrogation. Est-ce un texte personnel ? Faut-il comprendre "Momma Seed" ?

Est-il possible qu’il y ait un lien avec les "Wings For Marie (Pt 1)" et "10,000 Days (Wings Pt 2)" de Tool et "Judith" d’A Perfect Circle ?... Tant de questions sans réponses… Mais une chose est sûr, "Momma Sed" déroute et ce malgré son aspect «cocons». Même les guests étonnent. Brad Wilk et Tim Robert Commerford, habitués au Heavy métal progressive de RATM et Audioslave, s’en donnent à cœur joie dans un registre folk et acoustique particulièrement doux et chaleureux.








On est peut être à des années lumière des riffs aériens de Tool et d’A Perfect Circle mais Puscifer a le mérite de faire dans l'original. Métissage des genres, orgie d’instruments, featurings en folie, mentalités skizophréniques, vocalises caméléon, tout y est pour concevoir une bonne bouillie bruyante hors norme. Un dosage parfaitement équilibré qui prouve une fois encore que la musique peut flirter avec un art poussé à l'extrême.

Le Puscifer n'est qu'un avant-goût intelligent d'une évolution vibrante, le Ying et le Yang d'une philosophie musicale barrée et logique dont l'aboutissement reste ambigu... Resiste et persiste, les voix du Minou de la damnation ne sont pas impénétrables !





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