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 | Encres sur toile Demonlover Publié le 29/04/2009 par Dr Freudstein | | Film de SF minimaliste passionnant, qui nous plonge dans une trouble affaire d'espionnage industriel sous fond d'alliances économiques entres multinationales et de diffusion de programmes pour le moins obscures par le biais du net. |
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"Demonlover"
d'Olivier Assayas |
Nous suivons plus précisément le parcours d'une jeune femme infiltrée qui a pour mission de saboter les activités de la société dans laquelle elle est employée.
Or, un autre concurrent en quête de monopole bafoue les règles de déontologie les plus élémentaires et impose sa volonté dans l'ombre, sournoisement. |
Certes, le sujet n'est pas nouveau, mais le traitement d'Assayas vaut particulièrement le détour.
En effet, ce dernier façonne une ambiance mélancolique et froide qui berce des personnages difficilement cernables dans un quotidien désenchanté et aseptisé au sein duquel règne la loi du faux-semblant (à ce titre, l'utilisation de tout ce qui peut renvoyer une image est purement obsessionnel et rend bien compte d'un profond sentiment de perte de repères et de paranoïa latente ).
De même, par le biais de plans séquences fluides et d'un montage qui s'emballe par moments, Assayas multiplie les informations. Les personnages évoluent dans un monde bruyant, étourdissant, aliénant. |
Le personnage de Connie Nielsen, Diane, est l'espionne dont on suit le parcours.
Le point de vue du spectateur est stricetement celui de ce personnage, et ainsi, la spectateur n'a aucune avance sur ce dernier.
Cette vision subjective nous permet de partager l'intimité de Diane et de prendre la mesure de sa solitude et de son isolement, ainsi que de renforcer la réflexion sur les faux-semblants et l'ambivalence des individus : Diane étant une espionne, on ne connait rien d'elle, si ce n'est les simulacres d'identité qui lui servent dans sa mission, de même que face caméra, elle reste profondément insondable. |
Pourtant, quelques instants éphémères captés par une vitre ou un rétroviseur, entre autres, semblent offrir quelques bribes de vérité.
Aussi, le réalisateur s'interroge sur les dérives de l'internet et de l'offre que représente ce nouveau média.
La plus grave dérive est représentée par un site appelé 'hell-fire-club', qui est un espace de torture interactif, par le biais duquel un individu exerce sa toute-puissance sur un autre, moyennant finance.
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L'interface du site s'inspire beaucoup de l'esthetique snuff movie, qui représente bien la victoire de l'argent sur la morale.
Le pouvoir de fascination de la violence dans le monde asceptisé des personnages n'en est que renforcé (Diane est complètement emportée par les images qu'elle visionne, au point de perdre tout contact avec le réel !) et on peut également penser que la prolifération d'images violentes (et d'images à caractère sexuel) entraine en engourdissement de l'esprit. |
Ces dérives prennent place dans le monde au sein duquel la loi de l'offre et de la demande est reine et mène progressivement à rendre surpuissants les plus impitoyables.
Dans le film, la concurrence semble être systématiquement déloyale (enlèvement, espionnage, manipulation, sabotage).
Le devenir du personnage de Diane est à ce titre évocateur car il traduit bien l'aboutissement logique du processus engagé : Diane sombre dans un univers complexe qu'elle ne maitrise plus.
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Elle est réduite à l'état de marionnette entre les mains de pouvoirs obscurs et lointains ( que se soit les concurrents de ceux qu'elle croyait espionner ou un jeune nerd qui vit encore chez ses parents ).
L'annihilation physique n'est que l'aboutissement logique de la violence déployée dans l'ombre pour écraser ceux qui s'interposent.
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Hervé ( Charles Berling )
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Cependant, Assayas s'attarde sur les liens entre les individus et conserve une approche intimiste, notamment dans la relation qui se noue entre Diane et Hervé (Charles Berling), bien que cette aventure soit basée sur une profonde incertitude.
Cette relation amoureuse pour le moins traditionnelle et charnelle semble s'opposer aux divers substituts virtuels que représentent les programmes diffusés sur le réseau internet ou sur la câble, tel que le film érotique visionné par Diane dans sa chambre d'hôtel. |
Cependant, dans le cadre des faux-semblants et du double jeu qui anime les personnages, la mécanique inhumaine mise en place l'emporte fatalement et cette relation ne peut que se terminer par la destruction de l'autre.
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| Aussi, en prenant un peu de distance avec les personnages, il devient difficile de ne pas élargir à tous les protagonistes l'assertion d'Hervé à propos de Diane : "elle n'a rien d'humain", constat inévitable au fur et à mesure que l'on découvre un peu du vrai visage de chacun à travers les yeux de Diane. |
Diane ( Connie Nielsen )
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Difficile en effet d'accorder encore beaucoup d'humanité à des personnages qui sont peut-être devenus des androïdes (par exemple, on a franchement l'impression que Diane a été programmée, puis re-programmée lorsque elle tombe entre les mains de ses adversaires).
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Pourtant, en se battant pour sa liberté, Diane s'arrache à cette condition de machine, et même si le combat est sans espoir, l'impulsion qui l'anime lui redonne in extremis la vie qui lui faisait défaut lorsque elle errait dans les couloirs modernes d'un quelconque hôtel japonais ou les bureaux d'une entreprise anonyme qu'elle avait pour mission d'espionner.
Face à la profonde vacuité du monde artificiel duquel elle ne profite déjà plus ( elle quitte prématurément la soirée au Japon ), la fantomatique Diane redevient humaine.
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On peut penser que l'électrochoc, encore en gestation après le combat très violent contre le personnage de Gina Gershon et la confrontation directe à la mort (Diane est souillée de sang), prend toute sa force au moment au Diane se contemple, gisant à terre, par le biais de son écran de caméra dv (la cassette vidéo est un moyen de pression sur elle).
Hélas, cette renaissance est rapidement éliminée au profit d'un retour à l'ordre en place et sert surtout de question finale adressée au spectateur, pour lequel Diane a été en quelque sorte sacrifiée.
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Une profonde fatalité imprègne ainsi le métrage et donne à réfléchir sur l'utilisation que l'on peut faire de la technologie, mais également sur la torpeur dans laquelle plongent ceux qui vivent de plus en plus dans la virtualité, dont le mépris total de la vie humaine semble être l'un des aboutissements potentiels.
D'autre part, Connie Nielsen se révèle être un choix de casting parfait, cette dernière incarnant démentiellement un personnage trouble dans une langue qu'elle maîtrise admirablement.
Par ailleurs, le scope très granuleux et le score atmosphérique renforcent le pouvoir de fascination de ce film pour le moins obsédant qui mérite que l'on se perde dans ses méandres afin de vivre une expérience désenchantée et mélancolique qui ouvre d'intéressantes perspectives de réflexion sur le rapport réel / virtuel. |
Pour finir, j'aimerais revenir sur un bonus de l'édition dvd zone 2 très bien faite (avec son lot d'interviews, son making of passionnant et son reportage sur la collaboration entre Assayas et le groupe Sonic Youth qui signe l'excellent score).
Il s'agit d'un très court passage d'interview durant lequel Connie Nielsen revient sur l'expérience du film. En effet, ce bonus se présente comme un instant anodin de prime abord.
Connie Nielsen, face caméra, revient sur ce qu'elle a du faire durant le tournage et qu'elle n'avait encore jamais fait (nager, faire du scooter dans les rues de Paris). L'actrice raconte ces expériences avec une bonne humeur communicative, en considérable porte-à-faux avec le détachement du personnage de Diane dans le film.
Le décalage entre le personnage incarné par l'actrice dans le film et sa délicieuse attitude dans la vraie vie donnent à cet instant une inestimable valeur : l'actrice s'arrache à son personnage en affirmant sa personnalité propre, terrassant par là même la persistance de l'image de Diane dans la mémoire.
Un tel instant rend bien compte du pouvoir de fascination de l'image rapportée (quelle que soit sa nature) et s'impose comme un moment en dehors du temps, saisi innocemment, alors que l'actrice se donne complètement à la caméra, sans rien calculer (voir en parallèle son autre interview, où elle apparaît plus distante, pose faussement décontractée et lunettes noires).
Dans une période de gaspillage pathologique d'images qui se veulent signifiantes, ces quelques secondes prennent une force incroyable et méritent assurément d'être dévorées du regard ! |
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..................................................................................................................................................................................................................................................TRAILER |
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Fiche technique
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Titre
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"Demonlover" - (2002)
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Réalisation
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Olivier Assayas
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Casting
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Connie Nielsen (Diane de Monx)
Charles Berling (Hervé Le Millinec)
Chloë Sevigny (Elise Lipsky)
Dominique Reymond (Karen)
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