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 | Le pavé dans la mare L'Amerique --- de Joan Didion Publié le 17/05/2009 par Tom Dugrand | | " Je me fais l’effet d’une somnambule, sensible uniquement à l’étoffe dont sont faits les mauvais rêves ..." |
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"L'Amérique" de Joan Didion
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Le grand public français découvrait cette auteure singulière - culte aux USA depuis les années 60 – en 2007, grâce à "L’année de la pensée magique", récompensé par le prix Medicis Essai.
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Joan Didion évoquait dans ce récit la dévastation soudaine de son existence un jour de l’année 2003, lorsque l’écrivain John Gregory Dune, auquel elle était mariée depuis quarante ans, décéda sous ses yeux d’une crise cardiaque.
Comme Truman Capote, Norman Mailer, Tom Wolfe et Hunter S. Thompson, Joan Didion contribua à la révolution du «nouveau journalisme» qui dans les années 60 imposa des techniques en partie héritées de l’œuvre d’Albert Londres : récit à la première personne, subjectivité, transcription des impressions et des dialogues en entier. L’auteur est la source principale du reportage, «vit» son enquête.
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Les éditions Grasset publient L’Amérique, onze chroniques rédigées entre 1965 et 1990 signées Joan Didion, esprit libre et indépendant : un ensemble époustouflant par sa qualité littéraire ; ces récits mêlent artistement sensations, atmosphères, histoire et sociologie.
Dans Requiem pour les années 60, première partie du livre, Joan Didion vit et analyse à partir de 1967 le « Mouvement » à San Francisco ; le Black Panthers Party naissant, l’activisme révolutionnaire des Diggers, cette Révolution, pleine d’Anarchie inventive.
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Mais elle s’interroge bientôt sur le potentiel politique du mouvement hippie, moins rebelle qu’indifférent à la société, le business des drogues en « ine » qui déferle sur la ville, observe l’altération des communautés en sectes… L’assassinat de Sharon Tate en août 69 et le procès Manson sonneront le glas des illusions du Flower Power. |
L’acuité de son regard sur la vallée de San Bernardino et de Sacramento - où faits divers, révolution urbanistique traduisent les angoisses de cette Amérique bercée d’illusions-, tord le coup à l’American Way of Life.
A New York en 1989, notre journaliste couvre l’Affaire de Central Park; une joggeuse est violée et rouée de coups par un gang de gamins d’East Harlem.
La ville sombre dans l’hystérie, hisse la victime en symbole de la "vague de jeunes professionnels qui s’emparèrent de New York dans les années 80, de ces jeunes gens beaux, charmants, instruits et blancs"("Times").
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Joan Didion se livre à une autopsie du traitement de l’information, de la stratégie de récupération de l’affaire par les candidats aux élections municipales à venir.
A partir de ce fait-divers, elle étudie les rapports de classes, les origines et les causes du sentiment d’insécurité, plonge dans l’histoire, évoque les plaies jamais pansées de la ségrégation, dénonce la corruption générale et conclue à la putréfaction de la Grosse Pomme. |
Joan Didion est née en 1934 à Sacramento, Californie. Journaliste, écrivain et scénariste, elle débute sa carrière au magasine Vogue dans les années 50 puis rejoint le New Yorker.
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Joan Didion ne se repose jamais. A Hawaï en 1970 où elle soigne une crise de neurasthénie, elle attend le tsunami consécutif à un séisme sous-marin de 7.5 sur l’échelle de Richter qui n’arrivera pas.
Elle se rend au centre du cratère du volcan éteint de Puowaïna, le cimetière mémorial national du Pacifique aux 19.500 sépultures, où reposent les corps de soldats de la deuxième guerre mondiale, ceux de Corée… où l’on continue de creuser les tombes des boys qui reviennent du Viêt-Nam.
Elle lit tout Orwell, et du balcon de sa chambre d’hôtel, elle observe :
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Très tôt chaque matin à Honolulu, sur la portion de la Waikiki Beach qui borde le Royal Hawaiian Hotel, un employé de l’hôtel passe quinze ou vingt minutes à ratisser le sable dans un périmètre fermé réservé aux clients.
Comme cette plage « privée » ne diffère de la plage « publique » que par son sable ratissé, la corde délimitant ce paramètre et sa distance encore plus éloignée de la mer, on a du mal à comprendre au début ce qui peut pousser les gens à venir s’installer là, et pourtant c’est ce qu’il font. Ils s’installent là pour toute la journée, et en grand nombre, face à la mer en rangs bien alignés.
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Je venais de temps à autre à Honolulu depuis déjà plusieurs années quand j’ai fini par me rendre compte que la plage fermée était cruciale à l’essence même du Royal Hawaiian, que s’assoir là n’avait rien à voir avec la notion d’exclusion, mais d’inclusion au contraire. Quiconque se situe derrière la corde est présumé appartenir, par définition tacite, à « notre genre ».
Quiconque se situe derrière la corde pourra surveiller nos enfants comme nous pourrons surveiller les siens, ne sera pas susceptible de nos voler nos clés de chambre ou de fumer de l’herbe ou d’écouter Creedence Clearwater sur un transistor tandis que nous attendons des nouvelles de la compagnie Mainland sur les taux d’intérêt préférentiels.
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Quiconque se situe derrière la corde, si d’aventure nous lancions la conversation, sera susceptible de « connaitre des gens que nous connaissons » : la plage fermée du Royal est une enclave de gens en apparence étrangers les uns aux autres mais toujours sur le point de découvrir que leurs nièces étaient logées dans la résidence Lagunita à Stanford la même année, ou que leurs meilleurs amis ont déjeuné ensemble lors du dernier Crosby.
Le fait que quiconque se situant derrière la corde comprendrait que le mot « Crosby » désigne un tournoi de golf à Pebble Beach laisse deviner à quel point le Royal Hawaiian, plus qu’un simple hôtel, est un concept social, l’un des rares signes tangibles d’un certain mode de vie américain. |
Joan Didion à soixante-quinze ans et vit à New York. |
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Fiche technique
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Titre
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"L'amérique - Chroniques"
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Auteur
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Joan Didion
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Editeur
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Grasset
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Collection |
Essais étrangers
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ISBN
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9782246740711
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Date de parution
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Avril 2009
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Nombre de pages
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96
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