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Inglourious Basterds
Publié le 30/09/2009 par Killafornia
Thompson Camembert chargé à la pellicule 35 mm en nitrate, Tarantino fictionnalise la chute Nazie à travers une ultime lettre d'amour enflammée au 7ème art




"Inglourious Basterds"

de Quentin Tarentino




S’atteler à critiquer un Tarantino n’est jamais chose aisée tant l’homme aux multiples visages est habile à diviser les foules. La formule voudrait qu’il y ait deux camps : d’un côté, les aficionados qui reconnaissent le geek comme un référenceur ultime d’un cinéma qui a donné toutes ses lettres de noblesse au 7ème art et de l’autre côté un vulgaire plagieur palliant des problèmes scénaristiques en prélevant avec parcimonie les substances créatrices de nombreux films de genre.




Pourtant, personne ne dénigrera l’imposante culture de l’homme qui fait brasser de nombreuses liasses de dollars rien que par son nom apposé sur une pochette.

Et lorsqu’il s’attèle à mettre en route une idée qui mûrit dans son esprit depuis un bon nombre d’années déjà, aussi incongrue soit-elle, les frères Weinstein n’hésitent pas à miser leur carrière de producteurs sur le projet.

"Inglourious Basterds", c’est la relecture du massacre le plus populaire pour le mettre en corrélation avec le monde du cinéma.

C’est d’ailleurs le film du réalisateur où le 7ème art prend le plus la place d’un élément sacro-saint, puisqu’il deviendra le lieu de perdition de toute la folie étatique allemande.




La trame de départ est simple : Shosanna Dreyfus est seule rescapée du massacre de sa famille par le colonel SS Hans Landa, plus communément appelé « Jew hunter ». Elle se construit une fausse identité en devenant exploitante d’une petite salle de cinéma qui va être le lieu de projection de "Nation’s Pride", un film mettant à l’honneur un jeune soldat allemand, survivant et massacrant près de 300 soldats ennemis du Reich alors qu’il semblait condamner.


De leur côté, les Basterds, un groupe de soldats juifs américains à la réputation peu orthodoxe scalpent du nazi et rêvent de faire tomber le haut commandement.










Sectionnant son film en chapitres comme à son habitude, Tarantino nous déverse une nouvelle fois un torrent de références cinématographiques.

Le Western Spaghetti, mis à l’honneur lors du tout premier chapitre intitulé "Once Upon a Time in Nazi-Occupied France" reste peut-être l’élément le plus marquant de tous les films du cinéphile.

Un dernier repas, yeux dans les yeux, aux dialogues monocordes et savamment travaillés, rappelle directement la scène de présentation de Sentenza (Lee Van Cleef) dans "Le bon, la brute et le truand" de l’inénarrable Sergio Leone.




C'est le calme avant la tempête, illustrée par l’imposante mélodie des sifflements de mitraillettes tirant à même le sol.

Au final, seule Shosanna arrive à sortir de ce bain de sang dans une course pointée au Luger qui rappelle vaguement la chasse aux mexicains dans "Django" de Sergio Corbucci.

Quelques années plus tard, l’expédition punitive d’Aldo Raine et de ses Basterds prend forme.

Nous invitant dans un tourbillon de blagues bubble-gum prémâchées par un accent horrible du Tennessee dont seul Brad Pitt a le secret, Tarantino nous convie à un démastiquage en règle de nazillons à coup de battes de base-ball et de scalps.





La encore, il entremêle les genres à coup de plans de camera Leonien, de personnages emphatiques et de glorification visuelle du statut des Basterds sous fond de Seconde Guerre Mondiale.

Comme à son habitude, le metteur en scène nous gratifie de répliques cinglantes permettant de donner à l’expédition punitive des airs décomplexés emprunts de légèreté, ce qui le conduira même à se faire ovationner lorsqu’il présenta le film au musée de l'Holocauste de Manhattan, devant une assemblée d'enfants de survivants, et même de rescapés.











Mais parler de "Inglourious Basterds", c’est aussi ressasser les nombreux problèmes auxquels Tarantino a du remédier, liés à sa possible réalisation .

Dans un premier temps, le choix d’acteurs a peut-être été le plus fastidieux de sa carrière. De nombreux noms ont circulé avant même la mise en chantier du long métrage, pour finalement être écartés, de nombreux refus ont du être essuyés (dont notamment celui de l’acteur fétiche du Scorsese post 2000 Leonardo Dicaprio ou encore celui de l’acteur français Vincent Lindon craignant d’entrer dans un poncif) pour en définitive s’offrir le casting le plus judicieusement international de sa carrière.

La France, l’Allemagne, l’Angleterre et les USA sont dès lors mis à l’honneur imprégnant ainsi le film de tout le réalisme nécessaire à sa crédibilité.











Le réalisateur avouera même avoir failli se défaire de son ambitieux projet faute de trouver un acteur capable de jouer le rôle du colonel SS Hans Landa du fait de ses particularités linguistiques particulièrement poussées.

Lorsque le comédien autrichien Christoph Waltz se présenta aux auditions, Tarantino, abasourdi par les compétences de l’artiste, lui offrit le rôle. Choix des plus intelligents, puisque Landa se révèlera l’un des plus imposants personnages mis en scène par son cinéaste.

En effet, le chasseur de juif est interprété avec une insolente démesure charismatique et une telle force de propos que rarement le cinéma n’a montré un si grand salaud à l’écran.

Un être abject inébranlable qui perfore la pellicule à chacune de ses apparitions. Pas étonnant qu’il remporte le prix d’interprétation masculine lors de la présentation du long métrage à Cannes.





Autre problème majeur : après avoir réussi à convaincre l’illustre Ennio Morricone de signer la bande originale de son film, ce dernier se voit contraint d’annuler son contrat suite à d’autres engagements.

Coup dur pour Tarantino qui rêve de collaborer avec le musicien depuis un bon nombre d’année déjà. Qu’à cela ne tienne, le cinéaste utilisera la technique qu’il a toujours mise à l’honneur : payer le droit d’utiliser des musiques d’autres films.


Ainsi il nous offre un cocktail assez diversifié et reprend des œuvres du compositeur italien que The RZA avait déjà utilisés pour la bande son de "Kill Bill".

Les images collent à merveille avec l’ambiance sonore et cela ne fait que renforcer l’impression d’assister à un nouveau masterpiece de Tarantino.





C’était aussi l’opportunité pour Eli Roth, metteur en scène d’"Hostel" 1 et 2, de briller devant la caméra après une apparition remarquée dans "Boulevard de la mort" du même réalisateur. Son rôle de Donny "L’ours juif" Donowitz lui va comme un gant.

D’ailleurs le nom du personnage n’est pas fortuit, puisque Tarantino nous refait le coup des liens entre les personnages de ses différents films, comme il s’y était jadis exercé avec les personnages de Vic Vega (Michael Madsen) dans "Reservoir Dogs" et de Vincent Vega (John Travolta) dans "Pulp Fiction". Donowitz est le nom du personnage interprété par Saul Rubinek dans "True Romance". A noter que c’est Eli Roth qui réalise "Nation’s Pride", le film réalisé par Goebbels dans le film et mettant en scène le non moins génial Daniel Brühl.

Il n’est pas étonnant de retrouver Mélanie Laurent au casting, pour le premier rôle qui plus est. Petite fille d’éditeurs d’affiches de théâtre, elle n’a peut-être pas encore le talent de ses collègues mais il y a fort à parier que Tarantino lui à ouvert les portes vers une carrière plus riche que ce que le cinéma français puisse offrir.
Son métier a beau être encore celui d’une rookie, elle a quand même participé au doublage de "Mon voisin Totoro" d’Hayao Miyazaki, le légendaire réalisateur de films d’animations des Studio Ghibli.

Preuve supplémentaire du cordon invisible tendu par Tarantino traduisant le riche melting-pot culturel et le nombre incalculable de référence qu’il puisse faire interagir à l’écran.









Comme dans tous ses films, Tarantino brosse un portrait élogieux et sexuel de la femme, la présentant comme un élément puissant, dangereux et calculateur.

A tel point qu’on en perd toute notions de sexe faible et de sexe fort : Uma Thurman interprétait une Beatrix Kiddo vengeresse dans "Kill Bill" ainsi que la femme de Marcellus Wallace dans "Pulp fiction", Pam Grier, la star de "Foxy Brown" reprenait son rôle de femme forte pour les besoins de "Jackie Brown" et ici Diane Kruger et Mélanie Laurent interprètent les femmes fatales, pions de l’échiquier qui fera tomber la toute-puissance nazie.

Seul "Reservoir Dogs" ne met pas en avant le supposé sexe faible, puisqu’il ne présente aucun caractère féminin.





Et à ce titre, le réalisateur convie Enzo G. Castellari, roi de la série B musclée italienne et habitué des westerns spaghettis à qui l’on doit "Les Guerriers du Bronx" 1 & 2 ou encore "Keoma", pour un sympathique caméo.

Quoi de plus logique puisque le film s’inspire allègrement de son "Une poignée de salopards" avec Bo Svenson, lui aussi invité pour une courte apparition, et le grand Fred Williamson.

Un peu à la manière d’Alfred Hitchcock, c’est à nous de trouver où apparaissent les différents personnages.




C’est aussi l’occasion pour Tarantino, comme à son habitude, de faire apparaître de manière assez particulière certains de ses acteurs fétiches.

Ainsi Samuel L. Jackson sert la narration et Harvey Keitel prête sa voix au commandant d’Aldo Raine à travers une transmission radio.





Au final, qu’a donc à nous offrir cet "Inglourious Basterds" ?

Tous les poncifs tarantiniens ré-exploités dans un contexte spatio-temporel dans lequel il ne s’était jusque-là jamais aventuré, des scènes d’ultra violence amenées le plus judicieusement possible, une maîtrise impartiale des clichés (un Adolf Hitler joué dans la surenchère la plus totale), un humour noir au haut taux d’acidité et une réappropriation historique rendant totalement hommage au 7ème art qu’il affectionne tant.

Ce n’est pas avec ce film que Tarantino risque de rassembler définitivement les foules, c’est même plutôt l’inverse mais comme disait Flaubert :

« La foule invariablement suit la routine. C’est au contraire, le petit nombre qui mène le progrès. »









.........................................................................................................................................................................................................................................................................................................Trailer




Fiche technique
Titre  • "Inglourious basterds" - (2009)
Réalisation  • Quentin Tarantino
Casting  • Brad Pitt (Lieutenant Aldo Raine)
 • Mélanie Laurent (Shosanna Dreyfus)
 • Christoph Waltz (Colonel Hans Landa)
 • Eli Roth (Sgt. Donny Donowitz)
 • Michael Fassbender (Lieutenant Archie Hicox)
 • Diane Kruger (Bridget von Hammersmark)





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