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Encres sur toile
Rec ²
Publié le 31/12/2009 par Xavier Chanoine
REC ², une autre idée de l'immersion Next Gen : pas de 3D, pas d'IMAX, mais du bourinage au camescope HD !!!





" [REC] ² "

de Jaume Balaguero et Paco Plaza





« Contentez-vous de tenir la caméra ! »

lance un peu agacé l’un des protagonistes du second REC, toujours réalisé par le tandem Plaza/Balaguero.



Car si pour le premier opus la mise en scène offrait à la caméra une place privilégiée, équivalent à celle d’une actrice, cette suite lui offre un rôle sur mesure.

D’où cette idée un peu farfelue d’ « homme caméra » qui trouve pourtant tout son sens. Peu importe qui s’en sert, elle est constamment agrippée à son hôte, comme fusionnée, presque organique.

Démultiplié même, l’objectif se balade de casque en casque, d’une main solide à une autre, jusqu’à ce que la caméra n'ait plus de batterie.

Son rôle est extrême, elle indique la tension, la présence d’un mal.
Le seul fondu possible ?
Un indicateur de batterie au bord d’être à plat.


Actíóñ !!!




Une fois l’objectif tombé à terre, pas de doute, l’horreur est en hors-champ, Plaza/Balaguero offrant un spectacle total à la limite d’être inédit dans le film de genre, encore plus spectaculaire que ne l’étaient Blair Witch et consorts.

On ne peut même plus dire que le tandem recherche à en mettre une couche puisque, comparé à son grand frère, le hors-champ dispose d’une place royale dans cette entreprise foutrement bisseuse où l’on explose des boîtes crâniennes.

Un choc des extrêmes, où l’horreur filmée de manière frontale, avec cette abondance de cadavres vivants se ruant vers l’objectif, côtoie l’horreur d’une ombre ou d’un hurlement d’enfant déjà dévoré de l’intérieur.

Une discrétion bien venue à l’heure où le projet REC, terrorisant en 2007, s’est aujourd’hui embourgeoisé et modernisé au profit d’une mise en abîme encore plus impressionnante, laissant l’horreur viscérale très –trop- souvent de côté, malgré la présence de séquences privilégiant le hors-champ.









L’une des plus grandes idées n’est pas forcément celle liée à la mythologie du virus, à son origine. Proprement aberrante mais très souvent drôle, il est ici question de possession, d’une sorte de Satan représenté sous les traits d’une petite fille.

Rappelez-vous de l’épouvantable et terrifiant dernier quart d’heure de "REC", et ces affiches de journaux et autres enregistrements magnéto. Ce n’était pas qu’un simple moment d’esbrouffe, mais un grand moment de terreur viscérale où le spirituel rejoignait le terrain ultra balisé du film de zombies. C’était aussi une manière pas tout à fait finaude de rendre la transition entre le premier et le second film, réussie.

Mais lorsqu’ici un des soldats priés de se rendre dans l’immeuble est en fait un curé envoyé par l’Eglise, ce climax grotesque à lui-seul annonce irrémédiablement la mort de REC².

Whatever, on est déjà embarqué dans le train fantôme, prêt à être secoué comme une vulgaire chiffe molle. Au plaisir de sursauter comme à nos huit ans, à l’époque où l’on se fichait de la condition des forains, préférant leurs attractions glauques.

Et si, finalement, l’entreprise REC n’était qu’une simple attraction ?
Une démonstration faite jeux-vidéo, où les plans maladroits du premier opus laissent à présent place à des cadrages anti-cinématographiques mais clairement pro-vidéoludiques ?







Il suffit de voir ce Marine avancer dans un couloir étrangement vide, agrippé à son automatique, brandissant suffisamment son arme pour qu’elle soit captée par la caméra grand-angle fixée à son casque, pour nous rappeler combien le tandem a appris ses leçons sur le dernier shoot Next Gen à la mode.

L’affiliation avec l’univers du jeu vidéo est totale, apportant autant d’inspiration au genre survival que l’anime SF "The Wicked City" (Yoshiaki Kawajiri, 1987, l’auteur entre autres de "Ninja Scroll") apporta à la pornographie nippone la plus déviante.

Ils n’avaient pourtant, au départ, que peu de choses en commun. On ne rentrera pas dans l’influence de la génération Youtube sur le dernier né de Plaza/Balaguero, absolument évidente chez "Cloverfield" et "Paranormal Activity", cette faculté à capter n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand avec une caméra ou un téléphone portable, car les bases de REC viennent au départ du documentaire hormis le fait qu’il soit sorti durant le boom de ces nouvelles technologies.








Affublé d’une étiquette malgré lui, "REC²" est pourtant l’antithèse absolue du volontairement fauché "Paranormal Activity".


Si le film de Oren Peli exploite à fond le mouvement dans la fixité (un cadre fixe, un drap se lève, une porte bouge), "REC²" ne se pose pas de questions et insiste sur le mouvement, particulièrement agressif, devenant même par moment faussement réaliste dans la mesure où il reste très découpé (comme le dernier film de Brillante Mendoza, Kinatay, dont on vantait pourtant les impressionnants plan-séquences de son auteur, et qui se révèle au final trompeur), sans doute trop.

Une sensation d’illisibilité comme un pur souci de hors-champ, au final, puisque les zombies, ici particulièrement redoutables, semblent prendre un malin plaisir à s’agripper nerveusement aux hommes, et au caméraman en particulier, donc à la caméra, résultant alors d’une absence totale de repères.
Que font-ils ?
Ont-ils mordu l’un des trois gamins venus se paumer dans l’immeuble ? On assiste davantage à une agression qu’à une mise à mort explicite.









Et lorsque REC² se trouve plongé dans l’obscurité, voilà que Plaza/Balaguero nous trouvent une idée formidable où l’on pourrait aller d’un monde à un autre simplement en jouant avec la lumière et la pénombre d’une pièce.

Une pièce totalement noire –mais filmée grâce à la vision nocturne- ferait apparaître une porte, invisible si cette même pièce était éclairée.

Une idée remarquable, sans doute farfelue au vu des bases mêmes de REC : une plongée renversante dans l’horreur d’une normalité ici bousculée, brillant par une mise en scène alerte qui ne jure que par Saint Steadycam et ses plagiats éhontés mais jouissifs d’Aliens et de l’Exorciste.





Les ruptures de ton sont également si nombreuses qu’elles annihilent en partie l’effet de frousse procurée par une action se déroulant essentiellement en huit-clos : rarement un film n’aura procuré pareil sentiment, sorte de guet-apens permanent où les bourreaux seraient cette fois-ci dotés d’une intelligence poussée et où les Marines pousseraient une gueulante à chaque couloir nouvellement parcouru.



D’une efficacité redoutable, alliée à une mise en scène et à une photographie juste héroïques, le grand-guignolesque REC² donne tout son sens à l’action horrifique moderne.





.............................................................................................................................................................................................................................Bande-annonce


Fiche technique
Titre  • " [REC] ² " - (2009)
Réalisation  • Jaume Balmaguero et Paco Plaza
Casting  • Manuela Velasco (Ángela Vidal )
 • Óscar Sánchez Zafra (Chef )
 • Christoph Waltz (Colonel Hans Landa)
 • Ariel Casas (Larra)
 • Alejandro Casaseca (Martos )
 • Pablo Rosso (Rosso )





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